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Hiver 2011-2012 Ose plonger dans la Vacuité

MISE A FEU

FEU D’HIVER 2011/2012

Accompagné par ton feu d’hiver, ose plonger dans la vacuité :

  • Te dégager des préoccupations  quotidiennes et t’évider l’intérieur
  • Plonger dans ta cavité- Cathédrale et t’y ressourcer de béance – Plénitude
  • Remercier la vacuité, Origine et Fin, puis remonter, habité

 

MANTRA

« Fais le vide pour devenir le Plein ! »

BURN-IN en parole  au Centre Ste-Ursule Fribourg, le 11.01.2012

BURN-IN sans parole : Soirée avec pluie et neige du 20.01.2012 :  marche jusqu’ aux ruines de Grasburg et feu au pied des ruines.

FLAMMES

Inspirations de Vacuité, créées le 11 janvier

 

Instant de Vi(d)e
Instant d’Espoir
Moment paisible
Mon cœur sourit, j’en fou-ris.
Mais le vide me laisse parfois perplexe
et pourtant à chaque fois j’en sors grandie…
pleine de force, de ressource,
vide de gratitude.
Mon cœur bat la chamade.
Un rendez-vous d’Amour…
avec moi-même…
avec l’ensemble…
Mon corps tremble,
je suis émue…
l’étincelle est là…
dans ce vide qui appelle.
La grâce est silencieuse,
la danse est profonde.
Quelle simplicité…
on m’invite à participer !
Jaillissement et bulle de champagne,
l’ivresse me gagne
et c’est toute étourdie et pleine de vide
que je gagne mon lit !
hhhhhhhhhhmmmmmmmmmmmmmmmm
je brûle d’AMOUR…………..

Bettina

-.-

 

 

Vacuité, Je suis ta Mère

Création, Je suis ton feu

Je suis ton désir

Je suis ton plaisir

Je suis ta joie

Je suis ton espièglerieFlammes de vacuité

Je suis ta cathédrale

Je suis ta résonance

Je suis ta vibration

Je suis ton antre

Je suis ton temple

Je suis ta demeure

Je suis ton jardin secret

Je suis ta sève

Je suis ta Vie

O toi, …

« linea ! »

-.-

Passage

du vide

au plein

Continuité

Rien n’est séparé

Fluidité

Danse de la Vie

La graine contient la promesse de l’arbre

et l’arbre enfante la graine

Tout est mouvement

Accepter la transformation

Laisser l’espace au devenir

Tout accueillir et ne rien retenir

Respiration

-.-

VACUITÉ

Je deviens réceptacle du Divin

Je suis source reliée à la Source

Je suis sève reliée à la Sève,

Je suis souffle relié au Souffle

Je deviens lumière née de la Lumière

De même nature que le Fils de l’homme et que son Père,

Je deviens fille du Fils de l’homme du Fils de Dieu… fille de Dieu.

Je deviens sœur de tous les humains et du Fils de l’homme

Je suis création avec la Création,

Je suis présence avec la Présence

Je suis espace pour que Tu y adviennes

Je suis silence pour écouter Ta Parole

Je suis petite afin que Tu me combles.

Annette

-.-

Texte accompagnant le dessin FLY

 

ROUGE de Flamme

pour réchauffer

pour brûler

pour enflammer

JAUNE de Lumière

pour

éclairer

pour guider

pour témoigner

BLEU de mes yeux

pour embrasser

pour envelopper

pour encourager….

-.-

Les participants

BURN-IN aux Ruines de Grasburg /20.01.2012

Le feu sous le pan de rocher, sous les ruines du château brûle encore. Les restes de nos termos n’y ont rien fait :-). Nos pas rythmés en remontant résonnent encore dans la forêt. Et que dire de nos chants…. en rythme avec le tumulte de l’eau dans la Sense et le chant du vent dans les arbres. Quelles merveilleuses expériences ! merveilleuses, le mot est faible.

Il parait que lorsqu’enfin, après beaucoup (là aussi le mot est faible) de prières, de grâces accordées et d’ouvertures (oooooooooooh:-) pour aller vers les capacités à les recevoir, enfin donc, lorsqu’un ou une a la chance de reconnaitre là où il ou elle est UN  avec Le Père, toutes les joies de ce monde sont comme le bout de l’ongle à côté du merveilleux de cette expérience. C’est par des instants comme ceux que nous avons vécu ce vendredi 20  janvier que l’on peut se préparer à peut être un jour le vivre, s’en approcher, l’apprivoiser; c’est si grand!

Aussi, je conteste une seule chose dans ce que tu as dit vendredi. Ou peut-être t’ai je mal compris ? quand tu as dit que nous étions fous de chanter ainsi, têtes contre têtes. Il y avait il une inquiétude ? Pour moi pas. Pour moi, il y a une certitude: les fous, ce sont les autres, ceux qui ne vivent pas l’expérience des Burn in :-)))

Bon nouveau jour donné . Enjoy !

Une participante

ETINCELLES

 

Inspirations pour aller plus loin…bien plus loin !

Recueil de textes sur la vacuité, composés au travers des siècles et des peuples, à lire en dose homéopathique et au hasard, avec un esprit d’ouverture et en même temps de discernement.

Puissent ces « bulles de vacuité » ne pas rester lettres mortes,  mais devenir pour toi inspirations à vivre ou expressions de vécus !

Josy (mots mis en gras par mes soins)

  1. Inspirations « artistiques »

———————————————Définitions—————————————————–

Non, on ne dit pas “vidisme”, “vidaison”, “viditude” mais on dit vacuité.
vacuité: subst fém. Fait qu’un contenant, un milieu soit vide.

http://www.absurditis.com/vacuite/720/

Vase grec

Ce n’est pas un «  vide » tout bête, c’est un vide disponible, prêt à accueillir, à se laisser remplir, ouvert à l’imprévu, car je suis sûr que le présent est prêt à m’offrir des cadeaux. Encore faut-il qu’il y ait de la place en moi pour les accueillir !

« La vacuité » selon Anonyme

—————————————————-Poésie————————————————-

 

Et si je me dépouille de mon nom

Qui suis-je encore ?

Et si je ne portais plus l’étiquette de mon métier

Quel serait mon statut ?

Et si mes liens choisis se dissolvaient

A qui appartiendrais-je ?….

Catherine Loup, Identité

La peur empêche de vivre. Si la peur empêche de vivre, c’est parce qu’elle empêche de mourir. Dans la peur qui vient du bord de l’eau, du bord d’une écriture ou d’un amour, on est appeler à se lâcher, à quitter cette proximité où l’on est avec soi même, pour aller vers ce qu’on ignore, vers l’inconnu de soi. D’ailleurs ce n’est pas nécessaire de vivre de grandes choses pour toucher à cette mort de soi. La contemplation déjà – le fin regard sur les choses, la pure attention au monde – est comme une mort minuscule, un éloignement de soi aussi entier que dans un amour fou….manquer de soi, de ce « soi » que l’on voudrait si solide, si stable, de ce « soi-même» qu’on fait tout pour étayer….

Christian Bobin, La merveille et l’obscur, pages 70,71 et 72

On ne peut pas penser quand on est amoureux…quand on est amoureux on est ivre. ….On vide les poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n’être rien…. Ma vie ne vient en moi qu’en mon absence. Dans la clarté d’une pensée indifférente à mes pensées. Dans la pureté d’un regard indifférent a mes désirs. Ma vie fleurit loin de  moi, à l’école buissonnière. Je m’en sépare en allant dans le monde. Je la rejoins en contemplant le ciel. … Les lumières qui y traînent sont des lettres d’amour… Un amour sans appartenance. Sans avidité. Un amour qui ne vous demande rien- sinon d’être là. Qui vous donne l’éternel, en passant.

Christian Bobin, Eloge du rien, pages 14, 15 et 16

Extrait du “Carnet de Soleil” de Christian Bobin

« Et voici ce que (cette femme) dit, ce qu’elle fait chaque soir : Sa chambre est à l’étage. Quand elle y va pour un repos, elle monte lentement les marches de l’escalier. Dans le même temps elle défait ses vêtements un à un, les jette par-dessus son épaule dans l’escalier. Enfin elle entre nue dans la chambre, se glisse entre les draps et éclate de rire, chaque soir éclate de rire. Voilà ce que c’est pour moi la sainteté. La vie même. Se défaire de tous ses vêtements, de tous ses masques. Se glisser en riant dans les draps d’une parole fraîche, d’un bon silence. Tout est dans cette scène, comme souvent dans la vie : ….L’ascension – vers le repos. Le rire – dans le dépouillement. L’abondance – dans la solitude.

 

Précisément, vous parlez de cette  « volupté du dépouillement de soi et du monde »

 

Dans une telle phrase c’est le mot « volupté » qui est le plus important….

Christian Bobin, La merveille et l’obscur, pages 38, 39 et 40

Je me suis penché sur la tombe de mon père et j’ai appuyé ma main sur la pierre froide. Des nuages obscurcissaient le ciel. Le soleil est apparu et il a posé sa main sur la mienne. Le glacé de la pierre me disait  l’absence définitive de mon père et la chaleur du soleil me disant la douceur toujours agissante de son âme. Je ne suis resté ainsi qu’une poignée de secondes, puis je me suis relevé et suis revenu dans la ville avec au cœur une force énorme. (p38)

J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait. (p 148)

Je viens d’avoir un entretien silencieux avec un enfant âgé de 10 mois. Nous nous sommes regardés dans les yeux pendant plus d’un quart d’heure. Il y a dans les yeux plus de mots que dans les livres. Notre entretien était d’ordre métaphysique. Je me réjouissais de sa présence et il s’étonnait de la mienne. Nous sommes parvenus à la même conclusion qui nous a fait éclater de rire en même temps (p154)

Christian Bobin, Ressusciter

http://www.cles.com/entretiens/article/l-amour-de-l-instant

« La poésie chuchote le lieu. Mais l’arbre aussi. L’insecte. Le caillou. Le nuage.

L’eau. Le feu. L’abeille et le pollen. Tous chuchotent les uns dans les autres et

continuent de pleurer, de se croire seuls, séparés, abandonnés, jusqu’au moment où

le lieu à nouveau les traverse, puis se traverse lui-même. Genèse et apocalypse se

sourient. Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et

celui qui s’est plu, un jour, à créer le Ciel et la Terre ! Dehors celui qui dedans se tait

puis tout à coup s’exclame et parle à notre place par notre bouche. Dehors celui qui

se trompe pour aimer l’homme dans son erreur et toute présence dans son envers.

Dehors enfin tout le dedans et sa Toute Splendeur de vacuité. »

Dominique Sampiero, Celui qui dit les mots avec sa bouche

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/sampiero/Sampiero.pdf

« Il faudrait écrire une phrase qui soit l’abandon, le sourire, un regard, un visage, une phrase enfin qui ne trahisse personne, juste un trait, un peu de sang griffé sur la peau, une phrase qui soit un vrai silence dans les mots »

Dominique Sampiero en ouverture de son recueil, « Grammaire du granit »

Vacuité, © Victor, Le murmure des mots, blog

Araumi ya nawatobi no naka garandô

Mer agitée
l’espace dans le cercle de la corde à sauter
est entièrement vide

Ce poème de Niji Fuyuno est à la fois limpide et complètement énigmatique.

Nous sommes au bord de la mer. Une mer houleuse et agitée. Non loin de là, sur la plage, un enfant plein d’insouciance joue à la corde à sauter. Il est tellement absorbé par son jeu qu’il n’a même plus conscience d’exister.

Mais s’agit-il vraiment d’un enfant ? Impossible de l’affirmer, car personne n’apparaît directement dans le poème de Niji Fuyuno. Toute l’étrangeté de ce haïku découle justement de cette absence, cet espace entièrement vide au centre du cercle de la corde à sauter.

Un espace silencieux, infiniment tranquille, contrastant avec l’agitation de la mer. Un espace vaste et pur où aucun tourment, aucun conflit ne pourra jamais pénétrer. Peut-on définir plus précisément ce vide ? Peut-on en parler sans en briser le mystère ?

Thierry Cazals, Le vide dans le cercle de la corde à sauter

http://www.big.or.jp/~loupe/mu15/Cazals.shtml

—————————————————–Musique————————————————-

L’impalpable de la musique vit de faire chanter les sons, leurs écarts, leur rythme, leur intensité…. Si la musique est un “langage”, elle l’est comme une indirecte suggestion qui monte du silence et y revient. L’âme, des arcanes de sa présence intérieure, s’y laisse emporter vers d’insaisissables parousies, puis redescend des hauteurs de ces éclats vivants pour se rouvrir, bouleversée ou apaisée, à l’intimité de son propre silence.…En-deça du silence tendu et attentif qui précède la première note et au-delà du silence ébloui et rompu d’applaudissements qui succède à l’extinction du dernier accord, demeure cette inaudible diachronie du silence d’être qu’a trouée – en la portant à la temporalisation sonore d’un “monde” – la création musicale. Cernant le pas encore et le déjà-plus de l’impalpable chemin de toute musique, le silence d’être émerge donc – en deçà et au-delà – dans sa double énigme. Celle de l’humain confronté au silencieux bourdonnement de son être-au-monde qu’il est appelé à transcender dans l’art et les savoirs. Mais celle aussi de ce Silence même, où tout commence ou s’abolit, et qui convoque au dés-oubli de l’Origine, à l’interrogation ultime sur la Transcendance en tant que telle – figure d’un questionnement où se laisse pressentir, c’est selon, la voie du Rien ou la voix de l’Infini.

Marc Faessler, L’in-ouï du silence

(Au pli de la musique, de la théologie et de la mystique)

http://www.contrepointphilosophique.ch/Esthetique/Pages/MarcFaessler/InouiDuSilence.pdf

Beethoven, Symphonie n°6 “Pastorale” – premier mouvement
————————————-Peinture chinoise———————————————-
…Dès lors s’explique-t-on l’importance quasi ontologique du Vide dans la peinture chinoise. Au sein d’un tableau, il n’est jamais une présence inerte ; c’est lui qui anime tout l’ensemble, lui qui est à l’œuvre dans l’espace évoqué par le moindre trait de pinceau comme par les grandes lignes de la composition générale. Car le Vide est Souffle : il traverse tous les traits, se love au creux des déliés, rend manifeste la tension qui court d’un trait à l’autre sans jamais se relâcher. Mais il est aussi Transformation, puisque c’est seulement à travers lui que peut circuler l’indispensable courant d’interaction qui rapproche ou oppose les différentes figures peintes, dans ce processus de devenir réciproque qu’est forcément toute représentation picturale soumise à la double influence du couple Yin-Yang. Ainsi entre la Montagne et l’Eau, le Vide est-il traditionnellement représenté par le nuage. État intermédiaire entre deux pôles apparemment antinomiques (né de la condensation de l’eau, il épouse en même temps la forme de la montagne), le nuage est là pour nous donner l’impression que virtuellement la Montagne peut, aspirée par le Vide, se fondre en vagues, et qu’inversement l’Eau, toujours par l’entremise du Vide, peut s’ériger en Montagne. L’artiste part en fait du présupposé que notre regard ne nous livre jamais qu’une vision incomplète des choses. L’art d’apprivoiser le Vide, d’en capter l’impalpable présence, va donc mobiliser par priorité le geste du peintre, ce nostalgique de l’invisible, soucieux désormais de faire “voir”, à travers le moins que figure apparemment le Vide, ce plus inaccessible que la perception ordinaire persiste à nous refuser. Ainsi le Vide est-il enfin Totalité (ou Unité) : grâce à lui chaque pan de la nature représenté sur le papier, même séparé du reste, même tronqué, se trouve relié aux flux invisibles qui animent l’univers tout entier.

Francois Cheng, auteur de Vide et plein, le langage pictural chinois

http://expositions.bnf.fr/chine/pavillon/1/3/antho2.htm

Shi Tao, Bruit d’orage au loin

—————————————–Ecriture———————————————

Je hais l’excès de mots. Je voudrais n’écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer le silence. En réalité, les mots doivent accentuer le silence. (p121)

Il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toute norme et de tout critère conventionnel, il faut oser faire le bond dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse. (p164)

Il faut oublier des mots comme Dieu, la Mort, la Souffrance, l’Eternité. Il faut devenir aussi simple et muet que le blé qui pousse ou la pluie qui tombe. Il faut se contenter d’être. (p166)

Il faut savoir vivre sans livre, sans rien. Sans doute un petit morceau de ciel restera toujours visible et j’aurai toujours en moi un espace intérieur assez vaste pour joindre les mains en prière. (p179)

Etty Hillesum, Une vie bouleversée

Etty Hillesum

———————————————- Sculpture——————————————

Pour (Giacometti), « la sculpture se situe sur le vide. C’est l’espace que l’on creuse pour construire l’objet, et ce dernier crée l’espace » Création du vide dans un affrontement sans fin de forces antagonistes, qui affinent les corps, les étirent démesurément ou les diminuent, les éloignent jusqu’à les faire disparaître…: solitaires dans la profondeur de l’espace.

Avant le vase primitif, c’est le néant, le tohu-bohu de la Genèse. Un état d’indifférenciation permanente, ni vide, ni plein, rien ne manque. C’est le Réel, “de l’eau dans l’eau” comme l’écrit G. Bataille. Façonner le vase, c’est tout en le créant, faire un trou dans le Réel, c’est-à-dire, avec de la matière argileuse, créer par les bords du vase, ses parois, une zone vide, créer un manque là où rien ne manquait. Cette zone vide devient représentable car il est possible d’imaginer de la remplir. Du vide vient à être à partir du trou qui se désigne comme Rien, comme nihil : ex nihilo. La fonction créatrice ex nihilo produit du vide comme étant la Chose représentée par un objet. C’est le premier état de la création. D’un Rien créateur, d’un “fiat trou” pour reprendre l’expression d’A.D. Weil , les mains du potier créent le vase autour de ce vide qui à la fois le contient et y est contenu, font surgir des flancs du vase le vide intérieur qui en est autant la cause que l’effet. Coexistante, l’idée même du vase vient alors s’incarner dans le mot, dans le signifiant.

……
L’enjeu serait ainsi de faire de la sculpture, une représentation de la Chose, un art du vide, un art du trou. Et là, la sculpture, objet tangible, revêt le manteau de la Chose pour accéder à sa dignité. Le sculpteur serait-il du côté du divin?

M. Scheil, Le souffle invisible de l’objet chez Alberto Giacometti

http://www.groupe-regional-de-psychanalyse.org/impair1Scheil.asp

Giacometti, Trois hommes qui marchent, 1948

—————————————-Danse ———————————————————–

Il y a une façon d’être absent en étant tout à fait présent. Dans l’acte de ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas toucher l’autre, on dépouille l’autre subtilement de son identité. Nous ne reconnaissons pas en lui une personne; on est avec lui mais on l’ignore.

En privant l’autre de son corps, on réalise un acte d’exclusion qui a toutes les caractéristiques de l’assassinat dans un plan de la conscience où il ne reste que le spectateur…. « Savourer » la présence de l’autre, la célébrer, l’exalter dans l’enchantement essentiel de la rencontre, pleine d’humanité, deviendrait la qualité d’une présence qui permet la présence, d’une identité qui tisse avec versatilité la trame de résonance appelée par Lips « empathie ». La trame d’identifications successives qui rendent possible la transe avec l’autre – transire – le flux de vie où la communication acquiert un caractère de « co-création ».

Dans cette double possibilité de créer l’identité de l’autre ou de l’abandonner dans l’absence et la disqualification, se trouve la plus grande partie de la matière qui constituerait le thème des sciences de la relation humaine.

Rolando Toro Araneda créateur de la Biodanza, La fonction du vide

   http://www.biodanza-paula.org/archives_11.htm

Henri Matisse, La danse

A travers l’histoire de la danse il y a eu un fort objectif de former de bons danseurs qui soient capables d’atteindre, par l’exercice et par l’apprentissage, de hauts niveaux d’optimisation dans l’habileté et la beauté des mouvements.

Il y a pourtant une possibilité complètement opposée qui consiste à transformer le danseur en danse. Ce chemin a été éventuellement découvert dans les cérémonies des religions archaïques, dans certaines danses mystiques, d’extase et dans certains états induits par l’acide lysergique, la mescaline ou la psilocybine. Dans ces cas, la musique n’est pas nécessaire parce que le tonus et l’harmonie du biosystème entrent en connexion immédiate avec l’harmonie cosmique. Dans ces cas, l’individu ne danse pas une musique déterminée mais entre dans un état vivencial dans lequel il est la musique.

La musique danse l’individu et l’individu n’existe donc pas, mais la danse. L’identité se dissout dans une sorte de matrice de l’univers qui est dans un mouvement organique, où chaque élément fait partie de la danse plus grande. La danse cosmique consiste en l’interaction vivante de toutes les forces présentes.

Pour parvenir à l’état de transe nécessaire qui permet au danseur d’arriver à « être la danse », il est nécessaire de partir de la quasi-immobilité, dans un état de tonus « ouvert » aux impulsions proprioceptives spontanées. Un état inconditionnel et réceptif, libre de toute proposition. Dans ces conditions l’individu « permet » que la musique s’infiltre dans son organisme et induise l’état cénesthésique.

Etre la danse constitue une expérience dès que, dans le fond, le biosystème humain se syntonise avec le biosystème cosmique. Ceci est la source la plus puissante de rénovation et d’énergie.

Rolando Toro Araneda, Biodanza : Transformation de l’individu en danse

http://www.biodanza-paula.org/archives_05.htm

  1. Inspirations « métaphysiques »

Le Christ. Les lettres alpha et oméga (Α ω) signifient qu’il est le principe et la fin de toute chose (Ap 22, 13). Catacombe de Commodilla, Rome, fin IV° siècle.

 

Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris

Souviens-toi, homme, que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière.
Genèse II, v.19

« Et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ! »

Paul,  Galates 2:20 , Traduction Louis Segond

« Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » Paroles de Jean-Baptiste au sujet de Jésus

       

            Jean 3 : 30

71. Qui abandonne tous les désirs et vit et agit libre de tout appétit, qui n’a ni “moi”, ni “mien” (qui a éteint son ego individuel dans l’Un et vit en cette unité), il parvient à la grande paix.

72. Telle est brâhmî sthiti (état de stabilité en Brahman)… L’ayant atteint, l’homme n’est plus égaré. Ferme en cet état à l’heure de sa fin, il peut parvenir à l’extinction en Brahman (le Réel suprême, indivisible et infini, hors de quoi rien d’autre réellement n’existe).

-.-

71. Who abandons all desires and lives and acts free from longing, who has no “I” or “mine” (who has extinguished his individual ego in the One and lives in that unity), he attains to the great peace.
72. This is brahmi sthiti (firm standing in the Brahman), O son of Pritha. Having attained thereto one is not bewildered; fixed in that status at his end, one can attain to extinction in the Brahman.

Bhagavad Gita Chapitre II, versets 71 et 72

http://florian.lou.perso.neuf.fr/bhagavad/Bhagavad/Gita_02.htm

http://krsna.lamost.org/mind/bhagavad/sri_gita.htm#2

Krishna et Arjuna, 18th–19th century painting.

Se préparer, c’est faire le vide en apprenant le discernement, c’est-à-dire laisser l’inutile, le superflu pour donner une place plus grande à l’essentiel pour la conduite de notre vie

Se préparer, c’est mettre son cœur en éveil, à l’affût de tout ce qui peut nous convertir en profondeur, au-delà des émotions et des frémissements, ceux justement qui se vivent ou se disent superficiellement sans rien faire bouger en profondeur….

Se préparer, c’est se risquer à Dieu avec tout ce que cela signifie de bouleversements, d’étrangetés, de surprises, pour aller au bout de la rencontre

Document interne, Paroisse de Matran, 12.2011

C’est pourquoi si vous êtes sage, vous serez semblable au bassin, non au canal d’une fontaine. Le canal répand l’eau au dehors presque en même temps qu’il la reçoit, mais le bassin ne se répand que quand il est plein,…

Bernard de Clairvaux, Sermons XVIII sur le Cantique des Cantiques

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/tome04/cantique/cantique018.htm

Chagal, Cantique des cantiques

La sainteté n’est pas un accomplissement de soi, ni une plénitude que l’on se donne. Elle est d’abord un vide que l’on se découvre et que l’on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure ou l’on s’ouvre à sa plénitude. (Citation de Eloi Leclerc)

Robert Thomas, Passer de soi-même à Dieu, (une retraite cistercienne) p 27

«  En ce profond silence qui doit être en l’âme quant aux sens et à l’esprit, pour pouvoir entendre un si profond et délicat langage que Dieu tient quand il parle au cœur en cette solitude …« L’âme écoutant et prêtant oreille à ce que dit en elle le Seigneur Dieu » (Ps 84,9) en très grande paix et tranquillité, comme dit David, parce qu’il tient ce propos de paix en cette solitude.

Si Dieu parle dans le silence, c’est que lui-même vit dans le silence, symbole de la plénitude qui précède toute communication. L’Ecriture qui nous présente Dieu agissant par la parole, nous décrit aussi le silence éternel où va mûrir la décision créatrice…. Le silence comme la nuit suggère la maturation du fruit qui sera la parole. (p.241)

Dans le silence alors, s’effectue la plénitude de la rencontre. L’échange devient simple présence réciproque. Pourquoi la briser dans la succession des paroles ? Celles-ci de toute façon ne sauraient être adéquates à l’infini de Dieu. …Silentium tibi laus. (p.242)

Charles André Bernard,  Théologie symbolique

Nichts werden ist Gott werden

Nichts wird, was zuvor ist; wirst du nicht vor zu nicht,

So wirst du nimmermehr geborn vom ew’gen Licht

 

Devenir rien, c’est devenir Dieu :

Rien ne devient, qui est, si d’abord tu n’es Rien,

Jamais tu ne naîtras de l’éternelle Lumière

(Citations de Angélius Silenius, L’errant chérubinique)

En latin le mot « vanitas » signifie vacuité  autant que vanité (ce qui est vain) : « Vanitas vanitatum et omnia Vanitas » : vacuité des vacuités, tout est vacuité (Ecclesiate 1.2 )

Bruno Bérard, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens

L’artiste qui s’est fait disciple de la Beauté, sait très bien qu’il ne l’exprimera jamais toute entière…Sa vie s’écoule dans cette poursuite, dans cet élan toujours plus recueilli vers cette Présence toujours plus intérieure et toujours plus insaisissable…. (p31)

Comment s’étonner dès lors que toutes les âmes qui vivent de Dieu aboutissent à la même impuissance et parlent sans cesse de la « divine obscurité », suggérant une « connaissance parfaite qui résulte d’une sublime ignorance et s’accomplit en vertu d’une union mystique » « On le nomme- dit Denis le mystique- et pourtant il est incompréhensible, ineffable, sans nom »

« Les mots qui en parlent produisent trop souvent un malaise intolérable; comme une confidence d’amour qui serait répétée sans amour… c’est pourquoi tout discours sur Dieu doit naître du silence et y demeurer, pour y conduire : Tibi silentium laus!- Votre louange, Seigneur, c’est le silence ! » (p37)

Maurice Zundel, L’Evangile intérieur

http://books.google.ch/books?id=0DvQai7hhpAC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

Maurice Zundel

Là où la créature cesse, Dieu commence. Or Dieu ne désire de toi rien tant que ceci : que tu sortes de toi-même, de ta détermination en tant que créature, et laisses Dieu être Dieu en Toi. La plus petite image de créature qui se forme en toi est aussi grande que Dieu. Pourquoi ? Elle t’enlève un Dieu entier ! Car au moment où cette image entre en toi, Dieu doit s’effacer avec toute sa divinité. Mais là où cette image s’en va, Dieu entre. Dieu désire si vivement que tu sortes de toi, selon ta détermination en tant que créature, que c’est comme si toute sa béatitude en dépendait ! Eh ! Cher homme, en quoi cela te fait-il tort si tu permets à Dieu d’être Dieu en toi ? Sors entièrement de ton moi pour l’amour de Dieu, Dieu lui aussi sort entièrement de lui pour l’amour de toi. Quand ces deux sortent, ce qui reste c’est un quelque chose tout à fait simple. Dans cet un le Père engendre son Fils dans le point de source le plus intérieur : là le Saint-Esprit s’épanouit, et là jaillit aussi en Dieu une volonté qui appartient à l’ »âme »

Maître Eckhart, Sermon « Du Fils », p85

Je l’ai dit souvent, et de grands maîtres l’ont dit aussi : » L’homme doit être vide de toutes choses et de toutes œuvres, aussi bien intérieurement qu’extérieurement, qu’il puisse être pour dieu un lieu particulier où Dieu puisse agir. » Aujourd’hui nous disons autre chose….

Nous disons…que l’homme doit être si pauvre qu’il ne soit pas lui-même « un endroit où Dieu puisse agir » ni même, qu’il ne l’ait en lui ! Aussi longtemps que l’homme garde en lui de l’espace, il garde la différence. C’est justement pourquoi je prie Dieu qu’il me rende quitte de Dieu ! Car l’être qui n’est pas est au-delà de Dieu, au-delà de toute différence : là je suis seulement moi-même, là, je me voulais moi-même et me regardais moi-même comme celui qui a fait cet homme : Ainsi suis-je donc la cause de moi-même, selon mon être éternel et selon mon être temporel. Ce n’est que pour cela que je suis né.

Maître Eckhart, Sermon « De la Pauvreté en Esprit », p139

Eckhart teaching, Ordo Predicatorum
Couvres-moi du manteau de ton long désir.
La Divinité infinie attire à elle l’âme sans fond,
S’unissant à elle comme le vin à l’eau.
Celle qui meurt d’amour, il faut l’enterrer en Dieu.
Au centre il y a le vide de ce qui ruisselle.

Mathilde de Magdebourg, « La lumière ruisselante de la divinité » «Das fliessende Licht der Gottheit»
I cannot dance, Lord, unless you lead me.
If you want me to leap with abandon,
You must intone the song.
Then I shall leap into love,
From love into knowledge,
From knowledge into enjoyment,
And from enjoyment beyond all human sensations.
There I want to remain, yet want also to circle higher still.

Mechthild of Magdeburg (1200-1297)

http://life.biblechurch.org/slifejom/disciplined-publications/592-then-shall-i-leap-into-love.html

J’entrai mais je ne sus où,
et je restai sans savoir,
au-delà de toute science
.

Je ne sus pas où j’entrai,
mais lorsque je me vis là,
ne sachant pas où j’étais,
je compris de grandes choses.
Ce qu’ai senti ne dirai,
car je restai sans savoir,
au-delà de toute science.

Jean de la Croix « Yo-no-sé»”

http://famille.delaye.pagesperso-orange.fr/Jean/autres_poemes.html

Saint Jean de la Croix, Rubon. XVIIe.

Pour goûter tout, n’ayez du goût pour aucune chose ;
Pour savoir tout, désirez de ne rien savoir ;
Pour posséder tout, souhaitez ne rien posséder ;
Pour être tout, ayez la bonté de n’être rien en toute chose ;
Pour parvenir à ce que vous ne goûter pas, vous devez passer par ce qui ne frappe point votre goût ;
Pour arriver à ce que vous ne savez pas, il faut passer par ce que vous ignorez ;
Pour avoir ce que vous ne possédez pas, il est nécessaire que vous passiez par ce que vous n’avez pas ;
Pour devenir ce que vous n’êtes pas, vous devez passer par ce que vous n’êtes pas ;
Lorsque vous vous arrêter à quelque chose, vous cessez de vous jeter dans le tout ;
Car pour venir du tout au tout, vous devez le retenir en n’en voulant rien ;
Car si vous voulez avoir quelque chose dans le tout, vous n’avez pas votre trésor tout pur en Dieu.”
Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel.

http://hodiemecum.hautetfort.com/j/

Je comprends et je sais par expérience « Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous ». Jésus n’a pas besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes, Lui le Docteur des docteurs, Il enseigne sans bruit de paroles….Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je sens qu’Il est en moi, à chaque instant, Il me guide, m’inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j’en ai besoin des lumières que je n’avait pas encore vues. Ce ne’st pas le plus souvent pendant mes oraisons qu’elles sont le plus abondantes, c’est plutôt au milieu des occupations de ma journée (p. 211)

Thérèse de Lisieux, Manuscrit A

Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout, qu’Il embrasait tous les temps et tous les lieux…en un mot qu’Il est Eternel….

O Jésus, mon Amour….ma vocation enfin je l’ai trouvée, ma vocation c’est l’Amour…

O Phare lumineux de l’amour, je sais comment arriver jusqu’à toi, j’ai trouvé le secret de m’approprier ta flamme…

Je ne suis qu’une enfant, impuissant et faible, cependant c’est ma faiblesse même qui me donne l’audace de m’offrir en victime à ton Amour, Ô Jésus ! Autrefois les hosties pures et sans taches étaient seules agréées par le Dieu Fort et Puissant. Pour satisfaire la justice divine il fallait des victimes parfaites, mais à la loi de crainte a succédé la loi d’Amour, et l’Amour m’a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite créature…Ce choix n’est il pas digne de l’Amour ? Oui, pour que l’amour soit pleinement satisfait, il faut qu’Il s’abaisse jusqu’au néant et qu’il transforme en feu ce néant….( p.226)

O Jésus ! Que ton petit oiseau  est heureux d’être faible et petit : Que deviendrait-il s’il était grand ?….jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi….(p 230)

Ton petit oiseau…toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir proie de ton Amour…Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime. (p 231)

Thérèse de Lisieux, Manuscrit B

Le Bernin, extase de Sainte Thérèse

Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection…Alors…j’ai lu ces mots sortis de la bouche de La Sagesse éternelle : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » ….Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus (p 237 et 238)

Je demande à Jésus de m’attirer dans les flammes de son amour, de m’unir si étroitement à Lui, qu’Il vive et agisse en moi (p 284)

Thérèse de Lisieux, Manuscrit B

Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie. Et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des cieux….Adieu…A bientôt, Au revoir au Ciel

Thérèse de Lisieux, Lettre 244 à l’abbé Bellière

http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/2653/TM.htm

Unbreakable, O Lord,
Is the love
That binds me to You:
Like a diamond,
It breaks the hammer that strikes it.

My heart goes into You
As the polish goes into the gold.
As the lotus lives in its water,
I live in You.

Like the bird
That gazes all night
At the passing moon,
I have lost myself dwelling in You.

O my Beloved – Return.

                                                       Mirabai, « Unbreakable » Poems

Mirabaï et Krishna.

L’abandon du Moi (ego) et de la volonté de parvenir à un but détermine métamorphose totalement la conception de l’union sexuelle qui cesse d’être une conjonction de deux recherches égoïstes pour devenir la manifestation de la totalité à travers deux instruments cosmiques : les corps. En général, l’absence de conscience ne parvient à s’établir, dans une union sexuelle, qu’au moment de  l’orgasme. C’est l’instant où le mental lâche prise et c’est pour cela que l’on compare si souvent l’état de vacuité de l’esprit à un orgasme infini ( p 207)…

…Lorsque l’homme et la femme en abandonnant toute volonté d’orgasme s’unissent l’un à l’autre, ils deviennent les réceptacles du mouvement universel dans lequel leurs corps se fondent. L’amour n’est plus alors limité au Moi (ego) et au corps de l’autre, mais ses ramifications emplissent le monde dans une vibration qui est en accord avec le Tao. ( p 208)

D. Odier, M. de Smedt, Les mystiques orientales

Tantra de Guhyasamaja ou «Tantra de l’union secrète» / Maïthuna, union sexuelle sacrée

Je séjourne avec bonheur dans la clarté rayonnante inaltérable,
Libre de toute pensée.
Je séjourne avec bonheur dans la dimension pure de la félicité,
Je séjourne avec bonheur dans l’espace de la perception sans obstacle.

Milarepa

” Abandonner le monde, c’est se quitter soi-même. S’éloigner de la foule, c’est rompre avec la conscience grégaire où l’on menace de s’endormir. Par la nudité qu’il exige, le désert provoque un éveil qu’il convient de couver dans la solitude. L’habitant du désert se doit d’y consentir. Si, conduit par l’Esprit, il pénètre silencieusement dans son fond, il fait sien le conseil donné par Hésyclius de Jérusalem : ” Emerveille-toi, alors tu comprendras ! ” Devant la crise qui ébranle métaphysiques, religions et valeurs, le désert intérieur n’est pas un refuge et n’offre aucun abri : il invite aux métamorphoses. (Préface)

“Tout silence équivaut à un au-delà, à une ascension.” Alors, le sacré peut surgir, toujours inattendu, toujours neuf, pour une visite brève ou durable, et, le temps d’une rencontre, “il n’y a plus rien à chercher”…

http://www.cles.com/itineraires/article/marie-madeleine-davy-temoin-de-la

Il n’existe aucune voie commune, rassemblant tous les hommes de bonne volonté, en dehors de l’intériorité. …L’homme séduit par le dedans poursuit inexorablement sa route en sachant que le passage par la solitude, voire l’isolement, précède la communion.
Cette nouveauté de vie ne survient qu’après un ultime détachement de tout ce qui encombre et qu’on a pu durant longtemps supposer nécessaire….   De même l’homme est appelé à se débarrasser de son plomb, de sa finitude, de son pseudo-savoir, de ses fausses croyances, des superstitions auxquelles il a prêté foi. Tout doit être revu, purifié. Il lui faut pénétrer dans le creuset alchimique d’où surgira le grand oeuvre : l’apparition de l’étincelle divine.
Mystérieux, ce creuset symbolise moins un lieu qu’un état. Il inaugure un passage du dehors au dedans, du chaos à l’ordonnance, de l’esclavage à la liberté. Terrain de formation, sur lequel chacun se doit de tracer lui-même sa piste, il ne peut être abordé que par ceux qui consentent au dénuement, à la nudité, au vide, au détachement suprême à l’égard de soi-même. Seul l’homme privé de tout bagage dans ses mains, de tout savoir et souvenir dans sa tête, de toute possession intellectuelle en passera le seuil. Ne pourra s’y mouvoir que celui qui préfère l’essence à l’existence, la contemplation à l’action, l’éternité au temps, l’absolu au relatif, le sens intérieur à la littéralité, le silence à la parole ou à l’écriture. N’y sera indigène, que l’amoureux de la lumière ou de la ténèbre obscure par excès de clarté ; l’amant du feu qui consume et consomme les scories ; l’imitateur du papillon qui, tremblant de joie, se jette soudain dans la flamme brûlante.
Quel est donc ce lieu d’élection dans lequel amour et connaissance se jumellent, où le détachement fleurit en expérience, faisant franchir la Porte d’or donnant accès au ” Verger des Mystères ” ?
Il porte un nom : il s’appelle désert.

…. La terre de feu, le désert intériorisé brûle d’allumer la mèche des ” lampes vivantes ” qui, laissant filtrer la lumière, pourront éclairer leurs frères: les hommes, les animaux, les plantes, les pierres.
…..
L’homme vivant dans la nuit et la lumière du désert s’écrie comme le prophète : ” Ah ! Ah ! nescio loqui ! “. Qui pourrait parler et préciser ce qui est vu sans vision, entendu sans voix. L’oreille s’ouvre au silence et le regard y plonge lorsque les images et symboles se retirent pour faire place au surgissement de la Réalité pure. A cet instant, le mutisme naît de l’émerveillement.
… L’homme traverse son propre désert pour découvrir son fond mystérieux dont la beauté le remplit d’allégresse. Il oublie les perturbations de son long et périlleux voyage pour ne retenir que la jubilation qui l’envahit dès qu’il découvre sa propre source. Il comprend que le désert n’est rien d’autre que le passage par la mort donnant accès à une nouvelle naissance. Le désert intériorisé est Genèse.

“Celui qui sait… rend grâces… tout en se taisant. C’est bien au silence qu’aboutit la démarche conduisant à la libération, du moins à son approche. Celui qui a perçu le silence, ne serait-ce que de très loin, a commencé à visiter un lieu inconnu. … Le silence n’est pas vu et il est perçu par l’oreille du dedans. Il n’est pas vu et il devient palpable. Il n’est pas vu et il est possible de le toucher à la façon d’un océan.”

Marie-Madeleine Davy,  Le Désert intérieur, 1985

http://www.aguilar42.com/prose/davy.htm

« Le monde, c’est la trop lourde présence des choses

Où l’on sent parfois la trop vive absence de Dieu.

Le désert, c’est la trop dure absence des choses

Où l’on sent parfois la trop douce présence de Dieu. »

On ne se pose plus la question

De savoir de quel bord on est

Quand il n’y a plus de bord

Ne dites pas de « faire silence » :

Arrêtez de faire du bruit

Le silence est là depuis toujours

Ne dites pas de « faire le vide » :

Arrêtez de produire des pensées

Le vide est là depuis toujours

 

Au désert

On n’apprend rien

Il n’y a rien à prendre

Il n’y a plus de

Main – tenant

Rien à tenir

Abolition du temps

Jean-Yves Leloup,  Désert, déserts,

Car à mesure qu’il pénètre dans son fond, qu’il s’enfonce en son dedans, l’homme voit le fond lui échapper, voit le dedans le fuir…Le dedans n’est le dedans que lorsqu’on ne l’a pas encore rencontré, ni trouvé. Car si réellement c’était le dedans, ce serait le dedans de quelque chose, et un dedans absolu n’est plus un dedans (p86)

L’Eveil c’est paradoxalement : s’éveiller à cet au-delà et s’endormir à soi, à l’en deçà. L’Eveil c’est entrer dans un sommeil total. ….L’Eveil au niveau de quiconque a conscience, c’est justement se perdre, s’oublier. L’Eveil c’est le rayonnement de la magnificence (en magnificenc ) du non – éveil, du non – né éternel. Le non – éveil, le non – né se manifeste par une – quoi ? – une splendeur, une lumière, une gloire qui enveloppe tout, qui dépasse tout, qui arrache et mène au-delà de tout.(p128)

Henri Le Saux, Ecrits

En n’importe quel domaine, – qu’il s’agisse des cellules d’un corps, ou des membres d’une société, ou des éléments d’une synthèse spirituelle, – L’ Union différencie. Les parties se perfectionnent et s’achèvent dans un tout ensemble organisé. C’est pour avoir négligé cette règle universelle que tant de panthéismes nous ont égarés dans le culte d’un Grand Tout où les individus étaient censés se perdre comme une goutte d’eau, se dissoudre comme un grain de sel, dans la mer. Appliquée au cas de la sommation des consciences, la Loi de l’Union nous débarrasse de cette périlleuse et toujours renaissante illusion. Non, en confluant suivant la ligne de leurs centres, les grains de conscience ne tendent pas à perdre leurs contours et à se mélanger. Ils accentuent au contraire la profondeur et l’incommunicabilité de leur ego. Plus ils deviennent, tous ensemble, l’Autre, plus ils se trouvent « soi ». Comment en serait-il autrement, puisqu’ils s’enfoncent en Oméga ?- Un Centre pourrait-il dissoudre ? Ou plutôt sa manière à lui de dissoudre n’est-elle pas justement de supercentrer ? ( p 291)

Pierre Teilhard de Chardin, Le phénomène humain

Les sages de la tradition juive parlent de Tsimtsoum, de retrait du divin. Loin de se profiler partout pour tout contrôler, Dieu se retire de l’horizon du monde en y laissant sa trace. En y cachant des étincelles de sa présence, diraient les kabbalistes. Et Jésus de souligner que son «  Royaume n’est pas de ce monde »….

Dieu ne s’étale pas à la une du monde….Il est un trésor caché et notre mission consiste à entretenir et à révéler cette étincelle en déblayant les monceaux d’égoïsme qui l’ont recouverte…
La mise au jour de ce Soi qui répond des autres n’est il pas la naissance de Dieu en moi ?

Jacques de Coulon, La Liberté, 20.12.2011

Mon coeur est-il à Dieu? Ai-je l’Éternel pour soutien, pour Père et pour Sauveur? Est-ce à lui que je m’adresse dans les bons et dans les mauvais jours? N’ai-je d’amour pour aucun autre? Suis-je prêt à tout abandonner pour le suivre, à renoncer à tout pour lui complaire? Ou bien me voit-on chancelant, incertain, plus confiant dans les créatures que dans le Créateur? Suis-je lent à réclamer son secours, prompt à le fuir, lorsque je crois n’avoir besoin de rien, plus soucieux d’obtenir la faveur et la bienveillance des hommes que celle de Dieu? Dans le premier cas, je suis serviteur de l’Éternel; dans l’autre, je suis un pauvre idolâtre

Martin Luther, Le Grand Catéchisme § 8, p. 16

http://luthmtl.jimdo.com/

Les frères ne doivent rien posséder: ni maison, ni terrain, ni quoi que ce soit. Comme des pèlerins et des étrangers en ce monde, servant le Seigneur dans la pauvreté et l’humilité, ils iront quêter leur nourriture avec confiance, sans rougir, car le Seigneur, pour nous, s’est fait pauvre en ce monde. Telle est la grandeur de la très haute pauvreté qui vous a établis, vous mes frères très chers, héritiers et rois du royaume des cieux, vous a faits pauvres en biens terrestres mais richement dotés en vertus. Qu’elle soit votre partage, elle qui conduit dans la terre des vivants. Attachez-vous à elle totalement, frères bien-aimés, et pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ refusez à jamais de posséder rien d’autre sous le ciel.

François d’Assise, Deuxième Règle des Frères Mineurs

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Fdassise/regle2.html

Murillo, Bartolome Esteban, St Francis of Assisi at Prayer

Le bonheur est un état naturel. Le bonheur est l’état naturel des petits enfants, à qui le royaume appartient jusqu’à ce qu’ils soient contaminés et souillés par la stupidité de la société et de la culture. Il n’y a rien à faire pour acquérir ce bonheur, car il ne peut être acquis. Quelqu’un peut-il me dire pourquoi ? Parce que nous le possédons déjà. Comment pourrions-nous acquérir ce que nous possédons déjà ? Et puisque nous le possédons, pourquoi ne pas l’utiliser ? Parce que pour l’utiliser nous devons laisser tomber quelque chose ; nous devons laisser tomber nos illusions. Il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit à nos vies pour être heureux, il suffit de laisser tomber quelque chose. La vie est facile, la vie est délicieuse. Elle n’est dure que pour vos illusions, vos ambitions, votre cupidité, vos désirs insatiables. Savez-vous d’où viennent ces choses là ? De votre identification à une série d’étiquettes. (p.100)

…Je ne parle pas de la résurrection qui pourrait survenir après la mort mais la résurrection qui existe dès maintenant. Si vous mourez au passé, si vous mourez à chaque minute, vous serez pleinement vivant, car une personne vivante est une personne qui sait que la mort est partout. On ne cesse de mourir aux choses qui nous entourent. On ne cesse de se dépouiller afin de rester pleinement vivant et de ressusciter à chaque instant. (p190)

Anthony De Mello, Quand la conscience s’éveille

Je viens de cette âme

Qui est à l’origine de toutes les âmes

Je suis de cette ville

Qui est la ville de ceux qui sont sans ville

Le chemin de cette ville n’a pas de fin

Va, perds tout ce que tu as,

C’est cela qui est le tout.

L’Amour est venu,

Il est comme le sang dans mes veines et dans ma peau,

Il m’a anéanti et rempli du Bien-Aimé.

Le Bien-Aimé a pénétré toutes les parcelles de mon corps

De moi il ne reste qu’un nom,

Tout le reste est Lui.

Djalâl ad-Dîn Rûmî

L’ordre des Mevlevi, la confrérie des «derviches tourneurs», descend de Rûmi.

” Entre moi et toi, il y a un “c’est moi” qui me tourmente. Ah! Enlève par ton “c’est moi” mon “c’est moi” hors d’entre nous deux”.

“Le papillon ne recherche ni la chaleur, ni la lumière. Il se jette dans les flammes pour ne jamais revenir” (aspiration à l’anéantissement pour ne faire qu’un avec le tout)

Husayn Mansour Hallâj

http://www.moncelon.com/hallaj.htm

http://www.nuitdorient.com/n23i23.htm

O mein gott und mein herr,

nym mich mir, und gib mich gantz zu aygen dir.

O mein gott und mein herr,

nym von mir alles das mich hindert gegen dir. 

O mein gott und mein herr,

gib mir alles das, das mich füerdert zu dir.

Ô mon Dieu et mon Seigneur,

prends-moi à moi, et donne-moi tout en propre à toi.

Ô mon Dieu et mon Seigneur,

arrache de moi tout ce qui me sépare de toi.

Ô mon Dieu et mon Seigneur,

donne-moi tout ce qui m’attire à toi.

                                   Nicolas de Flüe, Prière quotidienne

http://abbaye-saint-benoit.ch/saints/nicolas/priere.htm

Nicolas de Flüe

«Quand nous parvenons à l’Eveil, c’est comme la lune se reflétant dans l’eau: la lune n’est pas mouillée et l’eau n’est pas troublée par sa présence. Une seule goutte de rosée peut contenir la lune et le ciel tout entier.»
Dogen

Deux aveugles qui traversent le précipice sur un tronc : métaphore de la quête de la vacuité : « Tu te trouves devant le vide, sans aucune prise pour tes mains…Abandonne tout raisonnement discriminatif pour tendre vers l’illumination ! »

Hakuin Ekaku

Vas-y, vas-y, allez! Allons-y, danse!
Oui, danse, entièrement nu –
qu’as-tu à perdre?
La nudité de notre jeunesse
ne va pas assez loin:
si tu ne te dénudes pas complètement
tu seras à jamais prisonnier.

Enlève tes sous-vêtements blancs
Tes pantalons noirs et rouges:
Allons, dépouille-toi de tout
De ton corps aussi, et de ton esprit:
Jette-les, jette tout!
Oui, danse, danse, nu comme un ver
Vas-y, laisse aller! Allons!

Hisamatsu Shin’ichi
Hisamatsu Shin’ichi: Enso (Cercle)

La calligraphie de l’Enso (jap., Cercle) symbolise dans le bouddhisme zen la vacuité,ou la pratique et l’éveil qui sans cesse se renouvellent (dokan, anneau de la Voie)…

la vacuité du cercle, le rien du tout et la plénitude du rien

Hisamatsu Shin’ichi: Mu (Rien)

La véritable existence vient de la vacuité et retourne à la vacuité

Shunryu Susuki, Esprit zen, esprit neuf, p 140

« Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une roue ; mais c’est son vide central qui permet l’utilisation du char. Les vases sont faits d’argile, mais c’est grâce à leur vide que l’on peut s’en servir. Une maison est percée de portes et fenêtres, et c’est leur vide qui la rend habitable. »

Lao Tseu,  Tao Te King

 

Le vide n’a que faire de l’estime. Si l’on veut être sans nom, rien ne vaut le silence, rien ne vaut le vide. Par le silence et le vide, on atteint ses demeures. Mais celui qui prend, celui qui donne perd ses demeures.

Lie Tseu, Le vrai classique du vide parfait. Chapitre 9.

http://chroniquestaoistes.free.fr/html/lie_tseu001.html

 

 

S’asseoir régulièrement et faire silence. Pratiquer pratiquer pratiquer.

Le vide permet au souffle, c’est-à-dire à l’Esprit, de circuler

On ne peut faire le vide aussi longtemps qu’on s’identifie à quelque chose

Etre  page blanche, sans attente. Dès que tu as un but, un objectif, même celui de faire le vide, tu n’es déjà plus sur la voie. C’est la voie (Tao) qui compte. La transformation ne peut se faire que si on a tout lâché, même l’intention.

Eva Ecoffey, Professeur de Qi Gong (Notes d’une discussion )

http://www.centre-richemond.ch/index/?p=261

La vacuité…Au moment même où vous dites « C’est cela ! », vous la perdez !

Verona Vonnez, Notes d’une discussion

http://www.bols-chantants-tibetains.ch

Bol tibétain

La vacuité n’est pas un concept philosophique, mais une expérience qui se situe au-delà des mots, qui échappe à toute tentative d’appréhension verbale ou conceptuelle. «  Intransmissible par et à autrui, paisible, hors discours, hors concept, sans diversité : autant de façon d’indiquer ce qui est vraiment » (p.17)

Deux mouvements : l’un qui découvre, sous une apparence de plein, le vide qui le sous-tend (réalité de surface) et  l’autre qui discerne dans le vide  une richesse, une plénitude infinie (réalité ultime) (p.22)

La réalité de surface n’est pas annulée, « apaisée » après avoir existé, cet apaisement constituant la réalité absolue ; mais elle est « apaisée dès l’origine »…Les choses ne sont pas rendues vides par la vacuité. : Elles le sont de toute éternité, elles n’ont jamais quitté la vacuité originelle. (p122)

Dans la réalité ultime, toute différentiation est apaisée, le sujet connaissant ne se distingue pas de l’objet de connaissance, et la pensée n’a pas d’objets auxquels s’appliquer. ..Dans la réalité ultime, la pensée dualiste et le langage s’éteignent donc avec leur objet, …C’est le silence des Sages. (p.127, 128)

La vacuité, après avoir éliminé toutes les vues…doit s’éliminer elle-même, et ainsi de suite à l’infini ( p.136). Comprendre la vacuité, c’est comprendre qu’il n’y a rien à comprendre…Et ce « lâcher prise », ce renversement, c’est l’éveil, l’apaisement.

Avant qu’un homme étudie …les montagnes sont pour lui des montagnes et les eaux des eaux. Lorsqu’il s’initie à la vérité….les montagnes ne sont plus des montagnes, ni les eaux des eaux. Mais ensuite, lorsqu’il est entré dans la demeure du repos, les montagnes sont de nouveau des montagnes et les eaux des eaux (p 163).

La pratique de samatha et de vipasyana permet tout à la fois de prendre conscience de ce processus et de le transformer (synthèse de p 169-183).

 

Samatha, préparation pour  vipasyana, est la pratique du calme mental : apaiser le flot des phénomènes mentaux grâce à la concentration sur un objet

  • Posture du corps, dos droit, comme un rocher (Chögyam Trungpa)
  • Yeux mi-clos, regard vers le bas, dans  l’axe de l’arête nasale
  • Focalisation de l’attention sur un seul point
    • Support visuel (caillou, bougie, image)
    • Support auditif (bruit d’eau, récitation d’un mantra)
    • Support intérieur (image mentale, son souffle)
  • Geste intérieur caractéristique, répété mille et mille fois: « lâcher le train de pensées », s’autoriser à ne rien poursuivre, à ne rien faire, absolument rien.
  • Concentration soutenue, comme  pour
    • passer un fil dans le trou d’une aiguille
    • traverser un torrent sur un pont fais d’un seul tronc d’arbre
    • transporter un récipient empli d’eau sans en renverser une goutte
  • But : retrouver son unité,  son entièreté
    • rendre son espace intérieur plus vaste, plus fluide, plus ouvert, plus tendre
    • et son espace extérieur plus dense et plus vibrant
    • La frontière entre « moi » et « non moi » devient plus perméable
  • Métaphore de ce geste : Botte de paille au moment ou l’on tranche le lien qui l’attachait ou soulagement éprouvé après un travail long et difficile
  • Stades de stabilisation
    • Cascade sur une pente très raide
    • Torrent de montagne
    • Rivière qui coule doucement
    • Océan sans vagues

 

Vipasyana est la vision pénétrante

  • Position de départ : « rivière qui coule doucement » de Samatha
  • Vision pénétrante
    • Attention aiguë et ouverte, panoramique, périphérique, diffuse et très fine, sensible, réceptive et non volontaire, légère et sans effort
    • Être totalement présent à tous les phénomènes qui surgissent- sensations physiques, émotions, phénomènes mentaux
    • Geste intérieur caractéristique : au lieu de se laisser absorber par son contenu, il observe le processus par lequel le phénomène est poursuivi
    • Plus le seuil de conscience s’abaisse, plus le jeu se calme, et plus le processus de différentiation et de solidification se relâche : observer l’émergence des phénomènes, les mouvements infimes, ordinairement méconnus, qui d’instant à instant, créent la double illusion d’un « sujet et d’un « objet »
    • Stades de perte de consistance de sujet et objet : le monde des apparences est comparable à
      • Un dessin gravé dans la pierre
      • Puis un dessin fait par un bâton dans l’eau
      • Puis au dessin fait par un bâton dans l’air
      • But ?
        • Réaliser le caractère non né et la vacuité d’existence propre de toute chose et réaliser que tout est fait de ce même tissu insaisissable…que tout a une « saveur unique »
        • Etre conscient à la source de ce processus de co-émergence (moi/autre) et de le relâcher dans un « espace » où il n’y est plus ni « moi », ni « autre » pour lequel les mots nous manquent.
        • Niveau profond, diffus, inarticulé, à la source de toute sensation et de toute pensée
        • Renoncement à « faire tenir » le monde., abandonner toute certitude et tout point de repère, sa maison, son pays : le sol se dérobe. Renoncer à tout, à A et à « non A », à « A et non A », et même à « ni A ni non A », Tout espoir, même celui d’atteindre la vacuité et vain
        • Accepter que d’instant en instant tout s’effondre, l’inéluctabilité de la mort…Alors quelque chose craque, se rompt en vous, et vous délivre.

 

Que ce passe-t-il lorsqu’on réalise au plus profond de soi l’absence de fondement, la vacuité des phénomènes ?

Lorsque notre quête inlassable de solidité et de permanence s’arrête, «  S’épuise » dit le sanskrit, il se produit un grand apaisement. Très étonnamment, dans cet état d’épuisement, de dénuement, s’ouvre un espace beaucoup plus vaste, ouvert et fluide que notre espace habituel. C’est comme si le relâchement de notre prise sur le monde lui permettait de se déployer dans toute sa profondeur et dans toute sa richesse. Comme l’écrit François Rostang : «  quand on ne peut plus rien, quand on ne sait plus rien, quand on ne veut plus rien, parce que tout s’est effondré, alors on soupçonne ce qu’est la vie » (p180).,,

Lorsqu’on ne cherche plus à identifier et à étiqueter immédiatement les sensations, à les situer parmi les choses connues, elles deviennent beaucoup plus vivantes et fraiches…

Dans cet état de détente et d’ouverture, et en même temps d’attention très éveillée, l’individu est totalemnt présent à la situation singulière telle qu’elle évolue d’instant en instant.

Il retrouve aussi la capacité à s’étonner, à s’émerveiller, à perce voir ce qui est singulier et neuf dans chaque situation. Ancrées dans l’expérience de la perte, c’est une éthique spontanée et fraîche qui se dessine.

Cet état de vulnérabilité, de fragilité, de dénuement, permet une autre manière d’entrer en relation avec autrui. Lorsque nous déposons les armes, que nous n’avons plus de territoire à défendre, de moi à protéger, une grande détente s’installe. Moins sur la défensive, nous devenons plus curieux des autres, nous avons plus envie de les rencontrer. N’ayant plus rien à perdre, nous devenons plus audacieux. Comme nous n’avons plus besoin des réactions d’autrui pour confirmer notre propre existence, nous devenons capables d’agir de manière vraiment généreuse, c’est-à-dire sans attendre de retour. Dans cette détente et cet espace s’ouvre, s’élève une sorte de douceur, de chaleur, de tendresse. Le méditant qui commence à entrevoir l’expérience de la vacuité découvre ainsi avec étonnement que cette absence totale d’obstruction n’est rien d’autre que l’amour, (p181)

Claire Petitmengin, Le chemin du milieu, introduction à la vacuité dans la pensée bouddhiste indienne

——————————————-Témoignages————————————————

« L’absence de ta présence est désespérante. La présence de ton absence me révèle ton éternité. » Et je crois que tout est dit là dedans. Je ressens un vide monumental, mais quelque part, ce vide me comble !

 

Xénia Minder, parlant d’Erhart Lorétan, son compagnon de cordée décédé

http://www.tsr.ch/video/emissions/passe-moi-les-jumelles/3523773-erhard-loretan-respirer-l-odeur-du-ciel.html

Dent Blanche, Nicolas Amherd

Le plus beau jour de ma vie — ma nouvelle naissance en quelque sorte — fut le jour où je découvris que je n’avais pas de tête. …
Il m’arriva une chose incroyablement simple, pas spectaculaire le moins du monde : je m’arrêtai de penser. …
Pour la première fois les mots me firent réellement défaut. Le passé et l’avenir s’évanouirent. J’oubliais qui j’étais, ce que j’étais, mon nom, ma nature humaine, animale, tout ce que je pouvais appeler mien. C’était comme si à cet instant je venais de naître, flambant neuf, sans pensée, pur de tout souvenir. Seul existait le Maintenant, ce moment présent et ce qu’il me révélait en toute clarté. …
Je découvris instantanément que ce rien, ce trou où aurait dû se trouver une tête, n’était pas une vacuité ordinaire, un simple néant. Au contraire, ce vide était très habité. C’était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout – au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées et, bien au-delà d’elles, aux cimes enneigées semblables à une rangée de nuages anguleux parcourant le bleu du ciel. J’avais perdu une tête et gagné un monde. Tout cela me coupait littéralement le souffle. Il me semblait d’ailleurs que j’avais cessé de respirer, absorbé par Ce-qui-m’était-donné : ce paysage superbe, intensément rayonnant dans la clarté de l’air, solitaire et sans soutien, mystérieusement suspendu dans le vide, et (en cela résidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de « moi », indépendant de tout observateur. Sa présence totale était mon absence totale, de corps et d’esprit. Plus léger que l’air, plus translucide que le verre, entièrement détaché de moi-même, je n’étais nulle part à la ronde.

Pourtant, malgré la qualité magique et surprenante de cette perception visuelle, il ne s’agissait ni d’un rêve, ni d’une révélation ésotérique. Plutôt l’inverse : un éveil soudain qui m’arrachait au sommeil de la vie ordinaire, la fin d’un rêve, une réalité qui rayonnait de sa propre lumière, et pour la première fois lavée de la pensée qui obscurcit. C’était la révélation tant attendue de l’évidence même, un moment de clairvoyance dans l’histoire confuse de ma vie. Je cessais d’ignorer une chose que (depuis ma plus tendre enfance, en tout cas) je n’avais pu voir, égaré par trop d’occupations ou de faux-fuyants. C’était une attention nue, sans jugement, à une réalité qui n’avait pas cessé de me « dévisager » mon absence totale de visage. Bref, tout cela était parfaitement simple, ordinaire et direct, au-delà du raisonnement, de la pensée, et des mots. En dehors de l’expérience elle-même ne surgissait aucune question, aucune référence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d’avoir laissé tomber un insupportable fardeau.
Douglas E. Harding, Vivre sans tête, Le Courrier du Livre, 1978.

Illustration de la quête de la vacuité selon le Zen (poèmes et illustrations initiales : Guoan Shiyuan )

Premier Tableau :

la recherche du boeuf: L’être humain cherche en fait le buffle sur lequel il est juché sans le savoir, c’est-à-dire qu’il cohabite à son insu avec une partie de lui même qui lui est cachée: c’est elle que l’on peut appeler sa nature propre de Bouddha. …..

******

Deuxième Tableau :

la vision d’empreintes: ….Le boeuf a laissé après son passage empreintes et traces montrant qu’il est devant dans le chemin, précédant celui qui le recherche. Mais sont-ce vraiment ses empreintes parmi toutes celles qui jonchent le sol? ….

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Troisième Tableau :

le pèlerin de la Voie trouve son chemin grâce au son, à la voix…..

. Il a entendu un meuglement, il sait que le buffle est tout proche.

******

Quatrième tableau :

Capture du boeuf : ….Notre mental est pareil au boeuf capturé, il reste orgueilleux de sa liberté, illusoirement conçue dans sa captivité. Notre esprit reste prisonnier, malgré la liberté qu’il croit avoir, du conditionnement latent, des voiles de l’ignorance qui le maintiennent captif de sa sauvagerie. C’est l’esprit faussement discipliné dans ses pulsions instinctives.

  ******

Cinquième tableau :

Le dressage du Bœuf : Notre esprit est envahit de pensées instinctives, lorsqu’une pensée surgit, une autre la suit déjà, voire même la précède dans l’affolement de notre mental. Et c’est une spirale sans fin dans laquelle nous sommes pris quotidiennement engendrant la confusion et les erreurs. ……C’est par le fouet et les rênes que le bœuf se dresse, c’est par les antidotes et la maîtrise de nos agrégats mentaux, sensations, perceptions, volitions et conscience que nous parviendrons à domestiquer notre esprit. Mais, là, après l’énergie et l’effort du début, il faudra la patience et la persévérance pour en venir à bout.

******

Sixième tableau :

Retour sur le dos du boeuf : Nous avons dépassé la moitié des tableaux de la quête du Boeuf. Ce sixième tableau nous montre le bouvier, juché sur le dos du boeuf, jouant sur sa flûte ou son pipeau un air de paix, de jubilation, comblé qu’il est d’avoir réussi dans son entreprise….La mélodie qu’il joue sur sa flûte tire ses sources des profondeurs des sons de la nature, il est en harmonie avec elle, harmonieux qu’il est avec lui-même. Le bœuf sans contraintes sait où il va, où il doit aller, ramenant le bouvier dans sa maison, c’est à dire sa nature propre. Ce chant issu des profondeurs de la Tradition va en attirer beaucoup d’autres, mais le bouvier, apaisé et serein qu’il est tout à sa joie, n’est nullement perturbé par les vicissitudes et les appels du monde extérieur. Il en va de même pour nous, lorsqu’en harmonie avec nous-mêmes, nous avançons sans nous préoccuper du chant des sirènes.

******

Septième tableau :

Le boeuf transcendé ou le boeuf oublié et le bouvier seul : Après s’en être retourné chez lui sur le dos de son boeuf, le bouvier s’assied solitaire devant sa chaumière. Tout encore dans son bonheur et ses rêves, il a oublié le combat, le dressage et même l’existence du boeuf….. Il se retire pour jouir, isolé et seul, des bienfaits du domptage de son esprit. C’est vrai que dans une telle euphorie, on n’aime pas être dérangé, tellement absorbé qu’on est dans sa propre contemplation….

  ******

Huitième tableau :

Le boeuf et le bouvier transcendés = Vacuité.  

Ce cercle vide représente, après la félicité suprême du tableau précédent, la  disparition totale du moi, du boeuf, de la corde, du fouet, des traces, de la quête. ….Là, où le dualisme n’existe sous aucune forme, même un saint homme ne saurait y déceler le moindre écart. Le boeuf est tout blanc, à l’égal de son maître, lui aussi transparent en l’absence de tous soucis. La lune blanche projette les ombres des nuages blancs et chacun suit sa course. Si on vous demande la signification de tout cela, pensez aux lys des champs et à leur fraîcheur délicieuse qui s’unissent dans leur contemplation. Le vide de Soi et le vide en Soi, telle est la réalisation suprême où la dualité n’existe plus, où tout se fond dans l’Unicité primordiale.

 ******

Neuvième tableau

Atteindre la source: Retourner à l’origine, à sa première naissance, l’homme pur et non-altéré, n’a jamais été affecté par les souillures mondaines. ….Dés le début, la vérité était claire, l’eau est bleue et les montagnes sont vertes et le bouvier se perd da


ns la contemplation de l’Unicité du tout qui l’entoure dans son impermanence. Le bouvier a compris qu’il avait fait des pieds et des mains pour  s’approprier le boeuf sur le dos duquel il était déjà assis depuis le début. C’est comme chercher toujours à l’extérieur, les manifestations de la richesse intérieure que l’on côtoie quotidiennement, richesse que l’on oublie rapidement à force d’habitude, de manque de réflexion, de calme et de sérénité. Alors, face à l’eau limpide, aux montagnes vaporeuses. on retourne à sa propre source, à sa véritable nature de Bouddha, qui n’a plus besoin d’être cherchée, mais retrouvée en son origine.

******

Dixième tableau

Pleinement réalisé dans son Eveil, il s’en retourne au village parmi ceux avec qui il peut partager son expérience. Il n’y pas de plus grand bonheur, de plus grand  don, disait le Bouddha, que celui du Dharma. Redescendant de son ermitage isolé où les plus grands sages ne le connaissent plus, il va à l’encontre ceux-ci, se mêler aux gens du monde. Nul ne peut deviner la moindre parcelle de sa vie intérieure: vêtu de haillons, couvert de poussière, portant une gourde, symbole du vide ou Shunyata, appuyé sur son bâton, il ne possède rien de superflu, car il sait que le désir de posséder est le fléau de la vie humaine. Bienheureux à tout jamais, unique témoin de son bonheur, il n’use d’aucun artifice pour prolonger son existence, son jardin merveilleux est invisible. Il s’assied avec le patron dans son auberge en compagnie des bouchers et des prostituées et vide gaillardement son canon en leur compagnie. Entre eux et lui nulle différence, il connaît la nature profonde de Bouddha dont chacun est porteur. Il se contente d’être pleinement et sereinement dans la Voie Parfaite qui ne connaît nulle préférence.

(Les illustrations sont tirées du « Zen en chair et en os », commentaires avec ajouts du vén. Shinjin )
http://www.bouddha.ch/tableaux-du-boeuf.htm

  1. Inspirations « physiques »

L’univers est plus étrange que nous ne pouvons l’imaginer.

L’espace apparemment vide ne l’est pas du tout, il est plein de « quelque chose ». Le mouvement sympathique de ce « quelque chose » quand la matière passe change légèrement les propriétés de celle-ci  (p.41)

L’espace ressemble davantage à une vitre de fenêtre qu’au vide newtonien idéal. Il est rempli d’un « matériau » qui est normalement transparent mais que l’on peut rendre visible en le frappant assez fort pour en détacher un morceau (p 160)

L’espace –temps n’est pas simplement la scène sur laquelle la vie se joue mais un phénomène organisationnel, et il pourrait donc y avoir quelque chose derrière. (p165)

L’effet le plus important, et de loin, de l’organisation d’état est de faire exister les objets….Nous sommes habitués à penser la solidification (état « solide » d’un matériau) en terme d’agglomération de sphères newtoniennes. Mais les atomes ne sont pas des sphères newtoniennes, ce sont des entités quantiques éthérées auxquelles manque la plus centrale de toutes les propriétés d’un objet : une position identifiable. (p.69)

Robert B. Laughlin, Prix Nobel de Physique, Un univers différent, 2005

Trajectoires de particules dans une chambre à bulle. (Crédit : 1996 Particle Data Group).

Un grain de sel au milieu du dôme de Saint-Pierre (à Rome) et des grains de poussière tourbillonnant à leur tour dans le vaste espace du dôme. C’est ainsi que nous pouvons nous représenter le noyau et les électrons d’un atome. (p68)

Les théories des champs de la physique moderne nous obligent à abandonner la distinction classique entre particules matérielle et vide…Les particules ne peuvent être considérées comme des entités isolées, mais doivent être perçues comme de condensations d’un champ continu présent dans tout l’espace….Le champ existe toujours et partout ; il ne peut jamais être supprimé. . ..L’existence et la disparition des particules sont seulement des formes du mouvement du champ.  Le vide physique n’est pas un pur néant, mais contient la potentialité de toutes les formes du monde particulaire. Ces formes, à leur tour, ne sont pas des entités physiques indépendantes, mais simplement des manifestations transitoires du vide fondamental sous-jacent (p225 et 226).

Fritjof Capra, Le tao de la physique, 1985

Dans le ciel nocturne, il n’y a aucune étoile à moins de 3 années-lumière, soit trente mille milliards de kilomètres (3 * 10 à la puissance 13) (p.30)

Hubert Reeves, Patience dans l’azur

Une collision de galaxies observée par Hubble
(Crédits : NASA/ESA)

JP/ 23.01.2012

www.josy.ch

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