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Printemps 2014 : Ose avec Amour donner et te donner

MISE A FEU

BURN-IN® du 26 mars 2014 au Centre Ste Ursule, Fribourg, de 19h30 à 22h00

Avec Amour ose donner et te donner,

En ouverture, auto-évalue tes dons, leur grandeur et leurs limites
En cercle de parole, échange autour des thèmes :

    • Don gratuit ou don gratifiant ? Don sans attente, vraiment ?
    • Se donner à soi même : se culpabiliser, s’aimer comme son meilleur ami, ou se définir comme un égocentrique fier de l’être?
    • Se donner à l’autre : se sacrifier ou rendre sacré la relation et rendre l’autre unique ?
    • Se donner au tiers (mission de vie, cause, entreprise) : Winkelried (ou risquer le Burn-Out) ? à partir de quand se respecter ?
    • Se donner à l’Autre ? : « Valsainte » allez-simple ?

Fais l’expérience de ces dons d’amour :

    • Se décentrer pour laisser place à l’Autre
    • Composer une lettre « Don en gratitude », destinée à être lue à un être cher
    • Se donner par écrit des signes concrets d’affection

BURN-IN® sans parole du 11 avril 2014 : atelier à l’extérieur dans le Lavaux. Rendez-vous à 18h00 sur le parking de Nuithonie, VSG/Fribourg pour covoiturage.

Ose, avec moi, partir du coeur des vignes du Lavaux, puis monter lentement jusqu’au-dessus des vignes pour mieux…

    • Donner du temps au Temps
    • Donner de l’espace à l’Espace

 140217 Chexbres et Lavaux1

Puis redescendre et

    • Donner de l’amour à l’Amour
    • Donner du souffle au Souffle
    • Donner du feu au Feu

140217 Chexbres et Lavaux

Rem. Des musiques tziganes nous accompagnent

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FLAMMES 

BURN-IN Printemps 2014 / Résonances

AMOUR

Hier au soir, 11 avril 2014 à18h00, trois dames tout-sourire m’attendent à Nuithonie : Christine, Josiane et Michaela. Le soleil est encore chaud, la météo s’annonce belle.
Nous partons pour le Restauroute de la Gruyère, où nous trouvons Martine et Robert pour ce BURN-IN dans le Lavaux. Le coffre ouvert de ma VW accueille nos préoccupations que nous partageons avec une sincérité désarmante d’humilité. Un espace de confiance et de confidence, un îlot d’humanité a jailli !

A l’approche du lac, le ciel se couvre légèrement. Heureusement, nous pouvons encore admirer le cirque montagneux, notre « cathédrale » (Josiane)
Un bel orage dessine un rideau fin au-dessus du lac Léman, juste à l’est de Chexbres…Je croise les doigts tout en conduisant. Le restaurant haut de gamme « Baron Tavernier » n’est pas notre destination, mais bien le Chemin de la Dame. Qui sont donc les « happy few » ? Telle est la question qui me traverse l’esprit !

Avec Amour et un petit miroir, nous nous déclarons notre flamme…à nous mêmes, avant de nous faire un clin d’œil par « rétroviseur » interposé (Martine). Pas besoin de transformer des mines renfrognées aux aiguilles fixées sur 8h20 en smileys généreux indiquant 10h10 ! Nous passons directement au vif du sujet et nous nous offrons l’un l’autre notre cœur en métaphore, tantôt en échange simultané, tantôt en deux phases bien distinctes, tantôt en coupe qui se vide et protège…mes mains en tremblent.
Nous intriguons un jeune couple sympathique qui nous questionne gentiment.

TEMPS

Pour « donner du temps au Temps », c’est Chronos d’abord qui donne la cadence, rappelant notre cœur battant, chacun de nos pas en marche arrière devenant « ici et maintenant ». Nous nous élevons lentement et le paysage à l’est vers Rivaz devient plus vaste à chaque pas.

Le soleil se pointe à nouveau en dessous de la couche nuageuse, et le spectacle débute à l’ouest : Kairos s’annonce déjà…Changement de programme et de rythme, et au pas de pèlerin « accéléré », je nous amène au bas des escaliers pentus dans les vignes des Chaudet…J’y avais prévu une prise de conscience guidée, mais la beauté est telle que seul un silence religieux est digne de ce moment envoutant de Présence. Nous sommes hors du temps, le lac frissonne, paré de beaux dessins abstraits qui se forment et se déforment. A notre droite, le soleil prend son temps pour faire sa toilette vespérale et se pavane lentement en robe de chambre d’un jaune blanchâtre avant de se mettre définitivement au lit.

Au dessus de la route de la Corniche, sur le chemin herbeux, nous retrouvons Kairos pour aller à la rencontre de la pierre du mur, polie par le temps et des éphémères touffes de fleurs de muraille. Robert s’exclame en a parte : «  Elles sont la preuve que ce que nous croyons impossible est possible : fleurir dans un mur ! ». Martine en tête de la troupe, grimpe malgré sa cheville douloureuse, tandis que Michaela, Josiane et moi-même nous fermons la marche. Le ciel rosit. Les flancs de la Dent de Morcles sont encore légèrement ensoleillés. Un vol d’oiseaux en formation escadrille égaye le ciel.

Nous nous cherchons des cadeaux que nous allons nous donner l’un à l’autre : Pour Martine, j’offre la feuille de chêne aux belles formes ondulantes, avec sa nervure ramifiée, pour Robert, c’est un petit galet, qui prend bien place dans la paume de la main. Il a une forme de cairn solide, modèle indicateur qu’il est pour moi. A Josiane, j’offre une aigrette de pissenlit, pour elle qui sème à tout vent ses graines de bonté, pour Michaela c’est un lierre bien vert, aux feuilles vivaces , un peu en forme de multiples cœurs avec ses petites racines et ses pousses neuves et qui sait s’enrouler autour des obstacles pour mieux s’élever, et pour Christine, j’ai choisi une pive de pin, ouverte, belle et ferme, bien assise sur sa base, comme un maître zen. Robert nous donne sa philosophie de la vie allant de la résilience de la plante de trèfle, à la fraicheur de deux jeunes feuilles de vigne qui réjouit l’homme par son vin, de la vie d’un bout de sarment porteur de sève à la fragilité d’un pissenlit trop épanoui.

Nous montons en harmonie concertante avec le chemin vers la maison esseulée, pour trouver derrière un tournant quelques génisses et le bruit hospitalier de leurs cloches. Robert tente de jouer avec elles. Un puissant chêne au tronc majestueux nous accueille, image de l’éternité « qui est, qui était et qui sera » au delà de nous tous. Nous le câlinons, enlaçant son écorce qui a tout de la peau rugueuse et crevassée d’un pachyderme. Nous y puisons de sa force exemplaire, lui qui est comme nous, dressé entre terre et ciel.

ESPACE

C’est cet arbre ancestral qui donne le coup d’envoi pour que nous osions « donner de l’espace à l’Espace » : en prenant du recul, nous contemplons sa vaste ramure, encore vierge de feuilles : A notre tour d’oser agrandir notre espace, pousser et repousser nos limites et « fêler nos cuirasses pour laisser passer la lumière ». Michaela en éclate de rire. Martine prend une posture de danseuse étoile pour imiter l’une des branches horizontales du chêne.

Arrivé au foyer, nous avons tôt fait de mettre avec application notre petit bois en faisceau et, grâce à Robert et ses branches cassées, le tas de bois prend une belle forme conique de feu de camp. Avant d’être absorbé par la lumière de notre feu, nos yeux détaillent, plan par plan la vastitude devant nous. La ligne d’horizon formée par les fines branches terminales des arbres m’intriguent par sa complexité tissée et son imbroglio vivant et tremblant au vent.

Et nous voici, mettant ensemble le feu par nos allumettes conjuguées, à l’image de nos étincelles divines qui s’engendrent mutuellement pour mieux flamber. Le feu est beau, il pétille et s’élève dans un tourbillon de rouge, d’orange et de jaune. Deux d’entre nous écrivent sur un bout de papier quelques encombrements et donnent au feu sa mission purificatrice. Nous sortons nos thermos de thé et partageons fruits secs et biscuits en silence.

Michaela entonne spontanément un chant religieux, belle mélodie répétitive que Josiane connait aussi. Elle bat des mains en cadence. Nous reprenons rapidement en chœur, d’abord assis, puis en nous déplaçant lentement autour du feu avant de laisser nos bras danser et prolonger les flammes qui s’élèvent dans l’espace, à l’image du désir de nos âmes.

Nous allumons nos lanternes pour une marche méditative sur le chemin de crête. Je pars le premier, sans plus attendre, afin de créer un espace vide pour mieux goûter dans la solitude l’immensité troublante de l’Espace dans la nuit. Nous fredonnons toujours cet air d’allégresse…J’entends derrière moi au loin cette mélodie, tantôt sifflée, tantôt chantée : c’est Josiane dans toute sa solide simplicité rayonnante …Je poursuis jusqu’au bosquet d’arbres où j’avais prévu un exercice pour écarteler l’étroitesse de nos angoisses…Josiane me rejoint…et rien sinon à l’horizon…Je plonge dans ma respiration. Au loin, brillent une guirlande de lumières. Celles des villages de la côte française …Enfin une petite voix commence à percer dans la nuit, puis une petite flamme vacillante apparait : C’est Michaela, l’archange du chant.
Nous retournons ensemble sur nos pas et nous voyons déjà la lueur de notre feu au loin, lorsque Robert s’avance à notre rencontre, lanterne en main. Martine et Christine reposent assises à la chaleur de notre feu.

Je propose que 2 par 2, nous nous éclairions notre visage de nos lanternes pour que nous ouvrions la « porte de nos âmes » et donnions à l’autre un espace dans notre espace intérieur, afin qu’il puisse s’y ressourcer et s’y recueillir. Entre Christine et moi, il n’y a que ma lanterne et par un jeu d’ombres et de lumières nous cherchons à éclairer nos deux paires d’yeux. Martine est profondément touchée de cet espace des regards.

Je mets la première musique tzigane, style flamenco, pour une ronde autour du feu, et danser ainsi notre espace. Robert et Michaela prennent déjà de l’avance et danse à deux avec rires et élan. Je propose de danser la deuxième danse à l’image de la Trinité : Toi, Moi et la Relation entre toi et moi, juste en dansant l’espace qui nous lie par nos mains qui se tiennent, et c’est avec Josiane que je débute en profondeur, pour poursuivre avec Robert, en vigueur, pour finir avec Michaela, en fraicheur. Martine et Christine goûtent de leur coté leur espace d’intimité.

Nous faisons un dernier cercle autour du feu, pour laisser nos voix remplir l’espace qui nous est donné. En se tenant par la main, nous créons un arrière fond musical de « humming » et lorsque l’un de nous sens en lui le désir, il laisse monter son chant et improviser ses vocalises. Timidement quelques voix s’élèvent.
Notre feu n’est plus que braises flamboyantes. Je ne puis que le remercier de ma main, comme une bénédiction. Nous l’éteignons du reste de nos gourdes et de nos thermos. La plupart allume leur lampe frontale pour ne pas se tordre une cheville au retour. Nous longeons la clôture en fil de fer barbelé au bord du pré et descendons en silence…jusqu’à l’endroit où les génisses se reposent, groupées pour la nuit, certain ruminant en somnolant et laissant tinter doucement leurs cloches en cadence. Notre arrivée à coup de projecteurs leur fait peur et elles s’enfuient effrayées. Nous traversons leur pré après avoir passé les deux chicanes en s …et nous voici sur la route goudronnée. Nous retrouvons le lieu de l’échange de nos cadeaux et les reprenons, pour moi, l’écorce protectrice de Michaela, le galet à la veine blanche comme une vague de Josiane, la construction créatrice multiforme de Christine et les aigrettes de pissenlit soufflés par Martine.

SOUFFLE

Il est 22h45 ! Chronos reprend le contrôle ! Et moi qui ai prévu encore 3 stations et 8 morceaux de musiques et un retour avant minuit: je condense le tout, et me concentre sur « oser donner du souffle au Souffle » : Nous descendons jusqu’à la route de la Corniche. J’ouvre la porte métallique qui grince, descends les premiers escaliers, repousse le portail métallique et nous voilà à l’abri sous la route : Nous déposons délicatement les branches de cerisiers en fleurs que Robert, dans sa galante générosité, avait offert aux dames. Nous mettons notre coupe-vent et autre doudoune, prenons nos coussins et nous voilà nous avançant jusqu’à la petite guérite accolée au mur avec son délicieux petit banc romantique encastré. Nous la longeons, descendons les marches, traversons la vigne et prenons place sur le mur de vigne, face à l’infini reposant sur le lac couleur de nuit. La lune est là, entourée de nuages, comme une mandala (Christine), quelques étoiles scintillantes aussi l’accompagnent, même une planète brille à l’ouest. Un petit vent frais chatouille nos joues droites, une « brise légère » dirait le prophète Elie. A notre tour de sentir notre propre souffle sur nos mains, puis d’entrer dans une courte méditation sur notre respiration, mort et résurrection de l’expir et de l’inspir. Mon petit bol tibétain rythme le tout. Nous finissons par un « chant vital » assez sportif pour nos jambes et légèrement dissonant et un « Gratias à la Vida » de gratitude au Souffle se perd dans les cieux.

Nous rejoignons les voitures et après partage d’un câlin d’éternité, étincelle divine unie à une autre étincelle divine, nous repartons en voiture vers Fribourg.

Michaela et Josiane échangent en douceur à l’arrière de la voiture, tandis que Christine près de moi s’endort du sommeil du juste. Plein de gratitude, je roule en silence dans la nuit.
MERCI !

JP / 12 avril 2014

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ETINCELLES

  • Le don selon ma mère et mon père
  • Le don selon les penseurs
  • Le don en entreprise
  • Le don du point de vue religieux
  • Le don dans les soins
  • Le don d’amour de soi
  • Le don d’amour de l’autre

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Le don selon ma mère et mon père

  • « Donne sans compter » ( ma mère Ida)
  • « Sois bon, mais pas « bonbon » » ( mon père Georges)
  • « Tâche d’arranger l’autre en t’arrangeant » (mon père Georges)

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Exemples de dons

Le don d’un sourire

Il ne coûte rien et produit beaucoup
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne
Il ne dure qu’un instant mais son souvenir est parfois immortel

Et si l’on refuse le sourire que vous méritez, soyez généreux, donnez le vôtre
Nul en effet, n’a autant besoin d’un sourire que celui qui ne sait pas en donner aux autres
Le don d’un sourire. Auteur inconnu

Don ou échange ou les deux ?

Votre mère … vous offre un CD de votre chanteur préféré. Vous la remerciez. Quelques temps après, vous trouvez une reproduction d’une peinture qu’elle aime, vous lui offrez. Elle vous remercie. ….

Votre vendeur habituel de CD vous signale un nouveau CD de votre chanteur préféré. Vous lui achetez. Comme vous êtes un bon client, pour vous « fidéliser », il vous fait une ristourne de 10%. …

Votre vendeur habituel de CD vous signale un nouveau CD de votre chanteur préféré. Comme c’est aussi un fan de ce chanteur et que vous faites tous deux partie de son fan-club, il vous l’offre gratuitement. Vous le remerciez. A quelques temps de là, vous trouvez un vendeur de CD moins cher mais vous continuez à acheter chez votre premier vendeur, parce que votre relation avec lui « dépasse le commercial ».

Ces trois histoires banales illustrent bien trois situations différentes : le don/contre-don, la relation rationnelle d’échange ( commerciale, juridiquement établie etc..), la relation mixte.

Pascal Millet, Don et accompagnement professionnel dans l’action sanitaire et sociale

http://epssel.univ-fcomte.fr/ressources/bibliotheque/cours/deuil/Don.pdf

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Le don selon les penseurs

Il se trompe celui qui croit que donner soit chose facile. C’est une affaire qui présente beaucoup de difficultés, si toutefois on veut donner avec réflexion, et non prodiguer au hasard et par boutade. J’oblige l’un, je m’acquitte envers l’autre ; celui là je le secours ; celui là je le plains ; cet autre je l’équipe ; car il ne mérite pas d’être courbé sous la pauvreté, d’être tenu sous sa domination .Il en est à qui je ne donnerai pas, quoiqu’ils en aient besoin ; car, lors même que je leur aurai donné, ils auront encore besoin. Il en est à qui j’offrirai ; il en est même à qui j’imposerai. Je ne puis, dans cette affaire mettre de la négligence ; jamais je ne fais de meilleur placement que quand je donne. Eh quoi, dis-tu, c’est pour recouvrer que tu donnes ? Bien mieux, c’est pour ne pas perdre.

Sénèque, De la vie heureuse, cité dans « Don et accompagnement professionnel dans l’action sanitaire et sociale » de Pascal Millet

Marcel Mauss, dans son Essai sur le don 1923-1924) , envisage le don comme un phénomène social total, qui se manifeste comme une triple obligation de “donner recevoir rendre” et qui de manière, à la fois “libre et contrainte”, concerne l’ensemble des domaines du symbolique et les diverses dimensions de l’action.

http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/80/26/74/PDF/maite-larrue-marie-louise-martinez-com-249-atelier-16_1362133440341.pdf

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Si la modernité refuse de croire à l’existence du don, c’est qu’elle se le représente comme l’image renversée de l’intérêt matériel égoïste. À ses yeux, le « vrai » don ne saurait être que gratuit. Et comme la gratuité est impossible (« There is no such thing as a free lunch 1»,et jamais on ne rasera gratis), le don, le vrai don est également impossible. D’où, à l’inverse, l’insistance de ceux qui sont effectivement dévoués à protester qu’ils y trouvent leur compte. D’une part, comme nous l’avons dit, cela leur permet de sacrifier au moralisme égoïste de l’époque. Mais, plus profondément, en niant la gratuité de leurs motivations, ils attestent la réalité de leur don. En effet, comme le montre Mary Douglas (1989), le don gratuit n’existe effectivement pas – ou alors de manière asymptotique à l’asocialité. Car le don sert avant tout à nouer des relations. Et une relation sans espoir de retour (de la part de celui à qui l’on donne ou d’un autre qui se substituerait à lui), une relation à sens unique, gratuite en ce sens et sans motif, n’en serait pas une. (p.15)

…l’hypothèse selon laquelle le désir (drive) de donner est aussi important pour comprendre l’espèce humaine que celui de recevoir. Que donner, transmettre, rendre, que la compassion et la générosité sont aussi essentiels que prendre, s’approprier ou conserver, que l’envie ou l’égoïsme. Ou encore que « l’appât du don » est aussi puissant ou plus que l’appât du gain, et qu’il est donc tout aussi essentiel d’en élucider les règles que de connaître les lois du marché ou de la bureaucratie pour comprendre la société moderne. On envisagera ici la société comme composée d’ensembles d’individus qui tentent perpétuellement de se séduire et de s’apprivoiser les uns les autres en rompant et en renouant des liens. S’apprivoiser, « c’est créer des liens », dit le renard au Petit Prince. C’est rendre quelqu’un unique. Rien n’est plus banal assurément. Mais en passe de raréfaction. Car le temps manque, et apprivoiser prend du temps. C’est pourquoi les hommes achètent des choses toutes faites chez le marchand, des signes d’apprivoisement qui sont eux-mêmes apprivoisés, et confient leur quête d’une « solution unique » à la solidarité du grand nombre, à l’État-providence… ou aux psychanalystes. (page 28)

… le don en tant qu’expérience humaine. À ce niveau, dans tout don on retrouve deux idées contradictoires :

• l’idée de l’acceptation de la perte, de sa sublimation, du détachement volontaire vis-à-vis des objets, du renoncement ;

• l’idée, au contraire, de l’excédent, de l’apparition, de l’inattendu, du gaspillage, de l’engendrement.

Or, ces deux idées sont irrecevables ensemble pour la pensée moderne. La perte ne peut être qu’une façon de se faire avoir dans une affaire, ou bien une façon de se faire exploiter. L’engendrement est aussi impossible. Car seule la production existe, et toute production est reproduction du même, dans un processus ou jamais rien n’apparaît sauf la plus-value ou le profit.

Accepter l’expérience de renoncement aux objets et aux êtres et connaître l’engendrement et le renouvellement que cette expérience procure, c’est finalement faire l’apprentissage de la mort. Et du don. (p.238)

Jacques T. Godbout, L’esprit du don, (1992)

http://classiques.uqac.ca/contemporains/godbout_jacques_t/esprit_du_don/esprit_du_don.html

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Le don en entreprise

Donner et prendre

Don gratuit ?

« Il n’y a pas de don gratuit » : dans le don apparemment le plus altruiste, il existe une finalité, celle de créer du lien social , et dans la création de ce lien s’insère toujours un peu d’intérêt, ne serait-ce qu’avoir une bonne image de soi (p.47)

Donner ? Un acte volontaire non obligatoire

Donner aux collègues conduit à militer pour l’efficience, c’est-à-dire la capacité à tirer le meilleur parti des ressources disponibles. Et cette logique s’oppose à celle de …l’efficacité (p.27)

Le principe de la dépense

Donner, c’est toujours donner un peu de soi, de sa richesse personnelle, de ce que l’on chérit. De ce qui compte pour soi….Ce dont nous nous privons pour l’autre représente la vraie valeur du don (p 28)

La dramatisation du geste

Donner est un geste ambiguë : un don peut en effet être confondu avec la norme, avec une simple coutume de coopération. Pour éviter cette confusion, le donateur signifie explicitement que son geste correspond à un choix altruiste délibéré. …Il n’existe pas de geste de ce type sans une certaine théâtralisation ( cf. cadeaux de Noël) (p. 31)

Recevoir

Dans le triptyque « donner, recevoir, rendre », le moment du recevoir est traité comme tel par les acteurs, quel que soit le moyen de ce traitement : fêtes, sourires, verbalisation d’un engagement ultérieur ( « à charge de revanche »)., mise en scène de l’implication dans le lien ainsi constitué, chaleur dans l’échange verbal etc. (p. 30)

La manifestation de l’émotion

De même que le fait de donner suppose une mise en scène minimum, la réception du don exige une manifestation de gratitude qui la distingue de l’échange économique dans lequel on dit merci du bout des lèvres. N’est don que ce qui est reçu comme tel parce que cette réception oblige le donataire

Rendre

Rendre…ne signifie bien évidemment pas que le donataire doit « redonner » au donateur ce que ce dernier lui a remis. Un tel geste représenterait au contraire une offense et manifesterait le refus du lien contenu dans le don. Rendre signifie «  donner à son tour »…les choses ainsi rendues n’ont aucune spécificité par rapport à celles qui sont données….La gratitude, parce qu’elle associe deux êtres et non deux biens, ne disparait pas avec le retour, avec le contre-don. Au contraire, elle se nourrit de ces échanges (p38-40)

L’ambiguité du don

Les individus savent être, simultanément ou successivement parfaitement généreux et parfaitement égoïstes. Plus encore au cours d’une même relation, les partenaires peuvent changer de registre : un couple qui se déchire et se sépare passe généralement du registre de l’échange social, dans lequel on donne sans compter, au registre de l’échange économique, dans lequel on fait même des calculs rétrospectifs (p. 49)

Donner pour éprouver le sentiment d’exister

A peut fort bien ne pas donnerà B, mais à un ensemble social plus large (par exemple le métier, le réseau, le projet, le département, la mission, l’entreprise).

Ce qui intéresse, mobilise et attire, au moins autant que les avantages matériels, symboliques ou identitaires tirés de l’échange, c’est le fait de participer à un système d’échange qui conduit à éprouver un sentiment rare : celui de la fusion dans un être collectif (le « nous » p 113-117)

… « Donner au tiers » ne signifie pas toujours « donner aux autres ».. consiste plutôt à « s’adonner » au collectif : on donne …pour éprouver le sentiment d’exister

Le refus de recevoir : deux méthodes

La première consiste simplement à refuser l’offrande, à se priver de la chose donnée, à s’épargner le sentiment d’obligation

La seconde est plus ambiguë : elle consiste à accepter le don sans célébrer le geste, donc sans reconnaitre sa valeur (p 168)

« On n’est pas reconnus »

Dans le triptyque du donner-recevoir-rendre, le management oublie…de recevoir, et, du même coup, se trouve moins contraint à rendre. Oublier de manifester sa gratitude conduit en effet à considérer que l’on n’est pas redevable, puisque rien, presque rien n’a été donné. Et celui qui a donné se sent alors offensé, renié. (p 177)

Don et reconnaissance

Fondamentalement on donne pour être reconnu comme sympathique, humain, beau, utile, libre ou puissant. Le don représente le moyen de créer du lien, mais également d’être reconnu comme créateur de ce lien. (p. 192)…

La rémunération psychologique « être considéré »…ne fait l’objet d’aucune politique sérieuse et explicite (p.192)

Le travail invisible

Le problème majeur se situe …sur le plan du travail invisible.. Il n’est reconnu ni au premier sens du terme – identifié- ni au second sens du terme- valorisé. Il n’est reconnu ni par le management ni par les collègues (p 197)

Donner ou calculer ?

Logique des échanges

  • Certains continuent de donner, à créer des liens leur permettant d’obtenir reconnaissance et identité, prestige et sens
  • D’autres…reprennent à leur compte, au quotidien, l’idée du « donnant-donnant » ou du « gagnent-gagnant » telle qu’elle est véhiculée par le personnel politique et par les formateurs en management : il donnent de manière équilibrée et raisonnable, pour en tirer un bénéfice

Cible des échanges

  • Certains échangent avec l’ensemble des collègues de manière généreuse ou mesurée, parce qu’ils sont persuadés du bien fondé moral et professionnel de ce type d’échange. Ils échangent également avec l’entreprise
  • D’autres préfèrent limiter leurs échanges à des individus qu’ils connaissent bien, auprès desquels ils parviennent à prévoir le résultat de leur engagement. Ils considèrent l’entreprise comme un partenaire déloyal, harassant, ou comme un simple espace de jeu dont il faut profiter (p. 207)

Norbert Alter, Donner et prendre / La coopération en entreprise

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Give and Take

Two kinds of people fall at opposite ends of the reciprocity at work. I call them takers and giversTakers have a distinctive signature : they like to get more than they give. They tilt reciprocity in their own favor, putting their own interests ahead of others’ need. Takers believe that the world is a competitive, dog-eat-dog place…

In the workplace, givers are relatively rare breed. They tilt reciprocity in the other direction, preferring to give more than they get…Givers are other-focused, paying more attention to what other people need from them.

Few of us act purely like givers or takers, adopting a third style instead. We become matchers, striving to preserve an equal balance of giving and getting….If you’re amatcher, you believe in tit for tat, and your relationshipsare governed by even exchanges of favors. (p.5)

At work, the vast majority of people develop a primary reciprocity style (p. 6)

Givers dominate the bottom and the top of the success ladder…The givers are more likely to become champs – not only chumps. (p. 7)…There is something distinctive that happens when givers succeed… it spreads and cascades…Givers succeed in a way that creates a ripple effect, enhancing the success of people around them.

There are two types of givers, and they have dramatically different success rate.

  • Selfless givers are people with high other-interest and low self-interest. They give their time and energy without regard for their own needs, and they pay a price for it. Selfless giving is a form of pathological altruism…
  • If takers are selfish and failed givers are selfless, successful givers are otherish : they care about benefiting others, but they also have ambitious goals for advancing their own interests. …Being otherish means being willing to give more than your receive, but still keeping your own interests in sight, using them as a guide for choosing when, where, how and to whom you give…When concern for others is coupled with a healthy dose of concern for the self, givers are less prone to burning out and getting burned. And they’re better positioned to flourish (p.158)

Ironically, because concern for their own interests sustains their energy, otherish givers actually give more than selfless givers….They may appear less altruist than selfless givers, but their resilience against burnout enables them to contribute more. (p.185)

« Why try to extract the self from other, or the other from the self, if the merging of the two is the secret behind our cooperative nature ? » (p. 223, Quote from Frans de Wall, in The Age of Empathy)

Seek help more often. If you want other people to be givers, one of the easiest steps is to ask. … « Start the spark of reciprocity by making requests as well as helping others. Help generously and without thought of return; but also ask often for what you need » (p. 268, Quote from Wayne and Cheryl Baker)

Test your giver quotient : www.giveandtake.com

Adam Grant, GIVE and TAKE, a revolutionary approach to success

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Le don du point de vue religieux

Luc 10,25-37

Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l’homme et passa à bonne distance. Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l’homme et passa à bonne distance. 
Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme ; il le vit, banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin se lui. 
Le lendemain, tirant deux pièces d’argent, il les donna à l’aubergiste et lui dit : 
-  Prends soin de lui et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai. 
Lequel des trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? 
Le légiste répondit : 
-  C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. 
Jésus lui dit : 
-  Va et toi aussi, fais de même.

http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc378.htm

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Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25, 31-46

« Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »
Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? »
Et le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

http://www.stignace.net/SiteMT/Paroles/mt25_31_46.htm

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Eh ! Cher homme, en quoi cela te fait-il tort si tu permets à Dieu d’être Dieu en toi ? Sors entièrement de ton moi pour l’amour de Dieu, Dieu lui aussi sort entièrement de lui pour l’amour de toi.

Maître Eckhart, Sermonts-traités, Du Fils, page 85

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Dialogue avec l’Ange

Le plus grand don qu’IL nous a donné est que nous puissions DONNER. C’est ainsi que nous devenons et que nous sommes : LUI. C’est une grande loi , ici-bas : il faut donner.

Dialogues avec l’Ange, Vendredi 23 Juin 1944 , Entretien 61

GITTA MALLASZ (scripte des dialogues)

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L’ange du don de soi

Que l’ange du don de soi t’enseigne l’art de te donner tout entier à tes tâches, aux êtres que tu aimes, et à Celui qui est l’amour même. Tu en seras richement récompensé...Cette cuirasse psychique que tu as formée en t’agrippant à toi-même s’effondre. Tu te sentiras plein de vie, le coeur large ; ta vie deviendra féconde. C’est en te donnant que tu t’épanouiras

Anselm Grün, Petit traité de spiritualité au quotidien, p. 157

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«  Tout don de valeur et tout cadeau parfait descendent d’en haut, du Père des lumières chez lequel il n’y a ni balancement ni ombre due au mouvement » (Épître de Jacques 1. 17)

« Soyez généreux comme votre Père est généreux » Evangile de Luc, 6. 36

Donné-donnant

Notre don est toujours précédé : on ne peut donner que ce que l’on a reçu…C’est du trop plein de ce qu’il a reçu que l’homme donne. ( p.26)

La grande loi du don : recevoir pour donner…l’homme est traversé par un flux, comme par de l’or : le don reçu incite la personne à offrir et s’offrir. C’est dans la reconnaissance de la gratuité du don qui nous précède que s’enracine l’inclinaison qui soulève tout homme à donner. (p159)

Le don n’est pas un transfert d’objets

Le don ne relève pas du registre de l’avoir, mais de l’être : «  je ne donne vraiment que ce à quoi je tiens, que ce qui est de moi-même, c’est-à-dire moi-même. Donner quelque chose à quoi je ne tiens plus du tout, ce n’est que m’en débarrasser ». Aussi tout don conduit-il à «  un accroissement d’être chez le bénéficiaire comme chez le donateur » (p.163)

L’homme ne s’est reçu de Dieu que pour se donner «  à la ressemblance de Dieu »…c’est-à-dire capable comme Dieu de générosité gratuite, d’amour gratuit, sans contrepartie (p. 167)

Le don de soi s’adresse aussi à soi. Voire, il est difficile sinon impossible de se donner aux autres sans s’estimer soi-même.

Le don gratuit de soi ne trompe pas : il est, par surabondance, source d’une profonde paix et d’une joie contagieuse. Le don est l’acte de la personne, c’est-à-dire non seulement une action, mais son accomplissement et son bonheur (p. 351)

Rien ne peut donner qui n’en ait d’abord reçu la capacité. Cette loi …s’applique particulièrement à l’homme et s’énonce alors : Nul ne peut se donner s’il ne s’est pas reçu. Le don est donc double : reçu (datum) et offert (donum), le premier étant pour le second….la personne qui a reçu, recueille en soi le don pour donner à son tour. (p. 370)

Pascal Ide, Eh bien dites : DON, petite éloge du don

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Craignez Dieu de toutes vos forces ; écoutez, obéissez, et faites l’aumône dans votre propre intérêt. Celui qui se tient en garde contre son avarice sera heureux.

Coran, SOURATE LXIV (64), verset 16, donnée à La Mecque, à Mahomet

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La Zakat en Islam

La Zakat (زَكَاة zakāt), traduite de l’arabe par « aumône » est le troisième des cinq piliers de l’Islam.

Le but de la Zakat est d’aider le croyant à se purifier de son attachement pour les biens matériels, de réduire les sentiments de convoitise et d’avarice, de favoriser la solidarité entre musulmans et les rallier à Allah. La Zakat profite aux plus démunis de la communauté en les aidant à subvenir à leurs besoins sans avoir à quémander.

http://fr.assabile.com/a/az-zakat-aumone-islam-regle-calcul-zakat-26

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… il existe une pratique spécifique qui s’appelle « donner et porter » , destinée à accroître puissance de compassion et amour envers autrui. Il s’agit d’abord de se visualiser en train de s’approprier toute la souffrance, la douleur , la négativité et les expériences indésirables das autres êtres sensibles. Dans un deuxième temps, on s’imagine que l’on porte tout cela sur ses épaules puis qu’on l’abandonne, qu’on le donne pour partager avec autrui pour ses propres qualités et ses propres inclinaisons positives: état d’esprit vertueux, énergie positive, prospérité, bonheur et ainsi de suite….

Dalai Lama – La puissance de la compassion pages 83-84

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« Quiconque a reconnu que l’idée d’amour est le rayon de lumière spirituelle qui nous atteint de l’infini, cesse d’exiger de la religion qu’elle lui offre la connaissance complète du surnaturel. ».

Albert Schweizer

http://www.2em.org/memoire/2005-Aumeras-CEU.pdf

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Le don dans les soins

Attention de ne pas être soi niant (soignant) face à un soi nié (soigné)

http://coursinfirmiere.free.fr/styled/styled-3/files/relation-soignant-soigne0301.pdf

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Cet autre qui nous oblige

La bonne distance, c’est peut-être quand le soignant reçoit aussi du soigné ; La mauvaise distance, quand le soigné est écrasé par le soignant, quand, alors, il n’y a pas de retour.

La bonne distance est nécessaire, donc, mais pourquoi est-elle si difficile à trouver ? Le soin nous expose à l’intrusion en soi de la souffrance d’autrui. Et cette souffrance nous envahit en raison de l’asymétrie entre nous, bien portant et compétent pour soigner, et le malade vulnérable, incompétent. Nous sommes un peu « obligés » face à ce malade qui s’offre, de la même façon qu’un don nous oblige, nous « coince ». Des mécanismes de défense, nombreux, peuvent se mettre en place : déni, rationalisation excessive, déplacement du problème posé par le patient, projection sur d’autres objets, sublimation et recherche d’autres sources de satisfaction. La bonne attitude est bien sur l’empathie, mais quand on dit ça, on n’a guère avancé, il faut savoir ce que recouvre ce terme.

Essayons une réponse simple à cette notion d’empathie : c’est « ressentir avec », sans oublier qu’il s’agit d’un autre qui ressent vraiment. Cette intégration (c’est bien l’autre qui vit la douleur), nous donne la bonne distance, dans les deux sens. Si les troubles s’intensifient, notre position change en direction du malade et réciproquement. La bonne distance est maintenue, mais il n’y a jamais de fusion. L’empathie comporte cette dimension professionnelle au sens où il y a maîtrise de la situation, le soignant sait toujours où il se situe dans la relation.

Serge Duperret, La bonne distance du soignant

http://plusdignelavie.com/?p=1362

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« …le travail de soin est au système de santé ce que le travail domestique est à l’économie marchande. ; essentiel mais invisible, omniprésent mais sans valeur marchande. D’ailleurs la valeur marchande qu’on lui attribuerait ne serait peut être pas équitable. Car, justement, l’identité de soignante c’est celle de l’identité à l’Autre. Les soins sont avant tout une pratique relationnelle, qui ne se déploie que dans une relation, une relation sociale qui transporte avec elle des formes de lien créatrices d’identité entre deux individus ou des groupes d’individus, et c’est dans cette rencontre qu’une part de l’invisibilité sociale se construit. .. La relation de soin crée par sa structure un tiers (le plus que l’un et l’autre, c’est à dire l’un, l’autre et le relation porteuse de lien) et, sans ce tiers, elle n’opère pas. Elle ne peut qu’être invisible, difficilement saisissable, parce que fugitive, marquée par le temps de la rencontre. Sans commencement ni fin, parce qu’inscrite dans la circularité de ce qui doit vivre et peut être, être donné. Et cette question du don et de la circulation du don dans les soins est complexe, difficile à appréhender, et se doit d’être approfondie. Particulièrement quand le don n’est pas d’ordre matériel, mais renvoie au temps, à la vie elle-même ou au sacré »

Francine Saillant et Eric Gagnon – Responsabilité pour autrui et dépendance dans la modernité avancée. Le cas de l’aide aux proches. Lien social et politiques N°46 , 2001

(cité dans Pascal Millet, Don et accompagnement professionnel dans l’action sanitaire et sociale )

http://epssel.univ-fcomte.fr/ressources/bibliotheque/cours/deuil/Don.pdf

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Les paradoxes du soin

La relation de soins suscite, nous l’avons vu, de nombreuses interrogations : relève-t-elle du contrat professionnel ou du don de soi, relève-t-elle d’une aptitude technique acquise ou « vient elle du coeur » , doit elle entraîner un contre-don de la part du soigné, et si oui lequel, ou au contraire est ce, seulement la satisfaction narcissique du « devoir accompli » qui est recherchée par le soignant ??? (p.23)

Il ne faut donc pas opposer la prestation technique, médicale, relevant de la relation verbale, commerciale, à la relation d’empathie seule porteuse des valeurs du don. La compétence, la rigueur sont des dons, au même titre que l’empathie ou la compassion.
Quel scientifique ne rêve-t-il pas de donner (dans tous les sens du terme) la guérison aux sidéens et pourtant ce don ne pourra se faire que dans le fonctionnement hyper-rationnel et coûteux d’un laboratoire de virologie. (p. 24)

Pascal Millet, Don et accompagnement professionnel dans l’action sanitaire et sociale

http://epssel.univ-fcomte.fr/ressources/bibliotheque/cours/deuil/Don.pdf

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Le don d’amour de soi

J’ai loupé mon rendez-vous (avec moi)

Pourquoi tant de difficulté à s’occuper de soi ? La culpabilité constitue le premier obstacle à l’idée de se faire du bien….

Depuis l’enfance, on nous a tous plus ou moins transmis que penser à soi, ce n’était pas « bien ». Se sacrifier pour les autres, oui, mais passer du temps à se pomponner dans la salle de bains, quel gâchis ! Et le bonheur dans tout cela ? Tout aussi tabou. Le plaisir que l’on est susceptible de se procurer est rarement encouragé. Il constitue pourtant une ressource intérieure essentielle pour faire face aux aléas de la vie.

Odile Chabrillac, C’est décidé, je pense à moi ! ( soin de soi et souci de soi), p.19

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Être bienveillant avec soi-même, c’est prendre soin de soi d’une manière telle que l’on va bien et qu’après, on a beaucoup à donner aux autres (tout en recevant d’eux) dans un mouvement de présence à soi et à la relation, au partage. C’est répondre à l’un des défis lancés dans les Ecritures, aussi bien dans l’Ancien Testament : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18) que dans le Nouveau Testament « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être … et ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22, 34-40).

Cet art se décline en six étapes, comme les couleurs d’une palette à déployer sur sa toile:

1. Être pleinement présent à soi…

2. Oser prendre soin de soi, quitte à déplaire ou à être incompris…

3. Cultiver un dialogue fécond, par l’expression de soi, honnête et assertive …

4. Organiser ma vie en accord avec ce que je suis vraiment, au niveau de mon être profond ….

5. Discipliner mon esprit en lâchant les jugements 

6. Repérer et savourer autant que possible la beauté et la magie de chaque instant, du présent qu’est le présent …

Encore une fois, avant d’être bienveillant envers autrui, il faut cultiver l’art d’être bienveillant avec soi-même. 

http://www.psycho-ressources.com/jmm-exercer-soi-autrui.pdf

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En s’accueillant soi-même comme un cadeau de Dieu, si on donne quelque chose que l’on n’a pas reçu et que l’on ne s’est pas approprié en tant que cadeau de Dieu, on triche, donc il faut bien se recevoir pour pouvoir se donner en retour. Cette étape est importante parce que beaucoup de gens passent directement du don de Dieu au don de soi sans passer par la phase de l’accueil de soi et donnent quelque chose qui ne s’appartient pas tout à fait et qui donc s’épuise à la longue. Je me trouve au bout de quelques années épuisé, fatigué, et je me dis : il est temps que je prenne du temps pour moi, j’ai assez donné aux autres, il est temps que je prenne du temps pour moi.
Mais tu as donné quelque chose que tu ne t’étais pas approprié entre les deux, et donc tu t’es vidé, au lieu de t’enrichir par le don… Parce qu’il n’y a pas eu cette phase de réception de toi.

Conférence du Père Nicolas Buttet Dimanche 23 novembre 2008 Maison de l’UNESCO

http://blog.enfantsdumekong.com/public/actes/nicolas_buttet.pdf

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Faire l’amour avec soi même

C’est un point de départ et un point d’arrivée. D’une certaine manière, faire l’amour avec l’autre ne dispense à aucun moment de faire l’amour avec soi-même. Le feu du désir s’apprivoise dans son propre corps….

Cependant cette caresse intime peut être menée de manière compulsive, comme une décharge de tension et sans réelle adhésion du coeur. Le plaisir qu’on en tire est alors très limité.

Dans un état d’esprit d’intériorisation et de méditation, la même caresse devient une cérémonie. Vous vous autorisez à chevaucher des vagues de plaisir, vous ne courez pas vers la détente orgasmique.

Paule Salomon, La brûlante lumière de l’amour, pages 110 et 111

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Le don d’amour de l’autre

Peut-on aimer sans sacrifice ?

Poser ainsi la question revient à interroger le lien qu’il peut y avoir entre l’amour et le don. Si l’on part du principe que l’amour est intrinsèquement don, l’enjeu est de nous pencher sur les différentes dimensions du terme “sacrifice”. Il nous faut saisir ce que veut dire “sacrifice”, quelles dimensions il comporte et quelles visions de l’amour il implique.

Et pour saisir ces différents aspects, j’avais envie de “décliner” ce mot, en quelque sorte. On dit “sacrifier quelque chose”, on dit aussi “se sacrifier”. Qu’est-ce que cela laisse entendre, dans ces conditions qu’en est-il de l’amour ?

1- Sacrifier quelque chose à quelqu’un ou aimer sous l’angle du calcul

Prenons tout d’abord le sens “transitif” de “sacrifier” : je sacrifie quelque chose à quelqu’un. Cela voudrait dire que j’accepte de faire des concessions pour pouvoir avancer avec l’autre. J’accepte de mettre mes volontés, mes objectifs au second plan et de faire passer l’autre avant. On pourrait proposer au mot “sacrifice” le synonyme “concession”. Lorsque que l’on aime et que l’on vit avec quelqu’un, on se rend évidemment compte qu’il s’agit au quotidien de “composer” nos vies, nos envies et nos rythmes. La vie à deux n’est possible que parce qu’il nous faut, par amour, conjuguer nos vies et accorder nos âmes. C’est-à-dire qu’il nous faut savoir se décentrer de soi et de ses exigences pour faire place à l’autre.

Cela dit, on sent rapidement les limites du mot “concession”. Un peu comme en argumentation, “faire une concession à l’autre” voudrait aussi dire que nous acceptons de perdre pour mieux obtenir ce que nous voulons en réalité. Il s’agirait là de stratégie ! Et le mot “sacrifice” revêt, alors, un sens tout particulier : comme aux échecs, j’accepte de “sacrifier un pion” pour mieux avancer dans ma partie. Je sacrifie aussi quelque chose dans l’espoir d’avoir plus ou mieux : sous l’apparence d’un recul, c’est finalement moi qui l’emporte.

Peut-on penser l’amour dans ces conditions, peut-il y avoir amour dans le calcul et la stratégie ? Cela est inacceptable. On comprend donc qu’il nous manque une dimension importante dans notre définition de l’amour, puisque le mot “sacrifice” bascule, ici, si vite dans la stratégie.

2- Se sacrifier pour quelqu’un ou aimer en enfermant l’autre dans un “contre-don” impossible

Le mot “sacrifice” a aussi une dimension totale, violente, presque excessive. Si l’on peut sacrifier quelque chose, on peut aussi, dans l’aspect pronominal du verbe, “se sacrifier”. Et pour s’imaginer toute la violence et les conséquences de ce sens en amour, prenons l’illustre exemple de Médée.

Médée est éperdument amoureuse du beau Jason, elle l’aide à accomplir l’un des plus brillants exploits de l’Antiquité, conquérir la toison d’or. Mais pour cela, elle renonce à tout, père, patrie et honneur. Elle sacrifie tout ce qui la définit en tant que fille, épouse et mère. Elle sacrifie concrètement son frère et ses enfants au nom de Jason. Elle se sacrifie elle-même, en s’excluant du monde des hommes. Folle de jalousie et de douleur, Médée brûle de son excès, détruisant tout, et en premier lieu l’histoire qu’elle avait commencée avec Jason.

Comment Jason pourrait répondre à ce don si excessif ? Peut-il y avoir encore de l’amour ?

Il ne s’agit plus ici de partage ni d’union entre deux êtres. Un tel sacrifice déséquilibre la relation entre les deux personnes : le don enferme l’autre dans un contre-don impossible. Il ne peut plus y avoir de partage, de réciprocité et surtout de simplicité dans cette situation.

Si l’amour est don, il est aussi accueil.

Nous comprenons alors qu’il ne peut y avoir d’amour sans communion, c’est-à-dire non seulement don mais aussi accueil. Il faudrait alors comprendre le mot “sacrifice” comme le moyen d’approcher et de réaliser cette communion.

3- Le sacrifice en amour ou l’art de rendre sacré chaque souffle

Pour essayer de retrouver la mesure possible entre “amour” et “sacrifice”, il nous faut revenir à l’étymologie de “sacrifice”. Venant de Sacer et de Facio, nous pourrions dire que le sacrifice est le “fait de rendre sacré”.

Et n’est-ce pas dans la nature même de l’amour que de rendre sacré le “partage d’être” de deux personnes, de rendre sacré le libre don et accueil ? François Varillon explicite la définition de l’amour comme don de soi réciproque :

C’est-à-dire que je me décentre afin de n’être plus à moi-même mon propre centre, mais que désormais mon centre soit toi. C’est toi que j’aime, qui est mon centre, je vis pour toi et par toi ; je sais que toi, tu te décentres aussi, tu n’es plus à toi-même ton propre centre, tu es centré sur moi. Je suis centré sur toi, je vis pour toi. Tu es centré sur moi, tu vis pour moi et tous deux, nous vivons l’un par l’autre. Aimer, c’est vivre pour l’autre (c’est le don) et vivre par l’autre (c’est l’accueil). Aimer, c’est renoncer à vivre en soi, pour soi et par soi.” (1)

Le temps et la part que je donne à l’autre, je leur reconnais une importance toute particulière. C’est au nom de cet amour qu’ils sont donnés. Les moments pris pour être à l’écoute, pour dire et partager au creux de la fièvre de nos journées, ce sont des cadeaux – si nous le voulons -, cadeaux pour l’autre et cadeaux pour soi. Ainsi, chaque geste, chaque regard peuvent devenir à ce point précieux et remis à Dieu, en cela sacrés.

En ce sens, il ne peut y avoir d’amour sans sacrifice, parce que l’amour fait basculer la vision du monde. Tout part de cet amour : l’énergie pour agir auprès d’autres, l’écoute de ceux qui en ont besoin… Réciproquement, tout est dédié à celui qu’on aime, tout est donné à Celui qui nous fait avancer…

…Et quand je suis trop loin de Toi

la lumière effleurant la feuille de l’arbre

le battement de l’aile de l’oiseau

le souffle sur les cils de l’enfant

le moindre mouvement est “sacrifice”

cette simplicité et cette fragilité, je Te les remets…

…dans la certitude de Te rejoindre là…

Julie Clamaron, Peut-on aimer sans sacrifice ?

(1) F. VARILLON : Joie de croire, Joie de vivre, 2000, p. 28, Bayard.

http://www.diocese-poitiers.com.fr/page-daccueil/larbre-a-palabres/peut-on-aimer-sans-sacrifice-

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L’art subtil du « bon » cadeau

Sous le sapin, nulle neutralité

Nul ne l’ignore plus, nombre de messages, plus ou moins conscients, se nichent dans les plis des papiers dorés. Complicité, passion, tendresse, jalousie, rivalité, indifférence, rancœur… Nous offrons, bien emballés, nos émois et nos sentiments en même temps que les objets. Aucune neutralité n’est possible sous le sapin.

Concentré d’amour et d’attention qui fait pousser des cris de joie, pseudo « valeur sûre » qui dénote le faible investissement du donateur plutôt que le classicisme de ses goûts, ou cadeau décalé, avatar malheureux et agressif de la sous-culture du « second degré » : quelle épreuve ! Tant pour celui qui offre que pour celui qui reçoit.

…..

“Saurai-je combler l’autre ?” est la question de fond qui se pose à tous les donateurs, car un cadeau constitue toujours un “morceau” de soi et un symbole du lien. C’est pour cela qu’il fait tant plaisir aux deux parties lorsqu’il tombe juste : chacun se sent reconnu et comblé par l’autre, et rassuré sur la force et la qualité du lien. » Le pic de la gratification étant atteint quand l’un et l’autre s’offrent la surprise qui comble.

Un double plaisir… narcissique

« Le présent réussi est celui qui dit que l’on aime et reconnaît l’autre dans sa singularité, détaille Sylvie Tenenbaum. Cette posture exige de s’oublier momentanément sans que cela coûte, car il ne s’agit pas d’offrir une représentation de soi, mais de célébrer l’autre : ses goûts, ses références, son univers. » C’est tout cela que le destinataire perçoit lorsqu’il découvre le contenu qui « fait mouche ».

….

Pour Sylvie Tenenbaum, cet échange d’émotions positives est caractéristique : « Lorsque le bénéficiaire offre au donateur sa joie, sa gratitude et son émotion, il y a vraiment égalité, le don est double. On pourrait dire que le cadeau réussi est celui qui comble à la fois l’offreur et le receveur. » Celui qui émeut, surprend, séduit, qui ravit les cinq sens tout simplement. Comme si c’était la première fois.

Flavia Mazelin-Salvi

À lire : Ce que disent nos cadeaux de Sylvie Tenenbaum.

http://noel.psychologies.com/L-art-du-bon-cadeau/L-art-subtil-du-bon-cadeau/4Un-double-plaisir-narcissique

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Les chaudoudoux

Mais écoutez ce qui se passa. Une jeune femme gaie et épanouie, aux formes généreuses, arriva alors dans ce triste pays. Elle semblait ne jamais avoir entendu parler de la méchante sorcière et distribuait des chaudoudoux en abondance sans crainte d’en manquer. Elle en offrait gratuitement, même sans qu’on lui en demande. Les gens l’appelèrent Julie Doudoux. Mais certains la désapprouvèrent parce qu’elle apprenait aux enfants à donner des chaudoudoux sans avoir peur d’en manquer.

Les enfants l’aimaient beaucoup parce qu’ils se sentaient bien avec elle. Eux aussi commencèrent à distribuer à nouveau des chaudoudoux comme ils en avaient envie.

Claude Steiner, Le conte chaud et doux des chaudoudoux

http://humanismepur.free.fr/contes_poemes/chaudoudous.php

JP / 17 Mars 2014

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